L’urgence d’Ismael El Iraki


Touki Montréal a rencontré Ismael El Maoula El Iraki réalisateur de H’rash.

Ismael El Iraki à Montréal. Photo : Espérance Cerda
Ismael El Iraki à Montréal. Photo : Espérance Cerda

« J’ai fait ce film comme si c’était le dernier! » Ismael brûle. Il brûle de cinéma comme il grille sa cigarette. Amoureusement, passionnément, à la folie. Ismael El Iraki a 25 ans. Il a réalisé H’rash, un court métrage de fiction en compétition au Festival international PanAfrica. Le jeune homme est marocain, fou de Casablanca. Casa, pour les intimes. Grand, élancé, félin, une énergie débordante et généreuse, il est intarissable.

« Il y a un décalage énorme, hallucinant, entre le cinéma marocain et la réalité des gens. Les films marocains sont faits pour Télérama, les chantres du bon goût. Ce sont des films aseptisés, gentils à des lunes de la réalité marocaine. Assad, moi, je le rencontre tous les jours à Casa! Il existe! J’ai vu un clochard poursuivre un islamiste en lui criant “Explose, explose!” » Assad c’est le personnage principal du film, clochard sahraoui extrêmement libre, irréligieux, nihiliste, mais très digne, tel que le décrit le cinéaste.

Alors qu’on l’entend déjà dans la musique marocaine, c’est la première fois qu’un film est tourné en darija, en darija de la rue de Casa par surcroît. La darija, c’est la langue parlée au Maroc. Elle n’a pas de statut officiel, mais c’est la langue des Marocains.

Ce choix n’est donc pas innocent ni sans conséquence. H’rash, sélectionné pour le festival de Tétouan au Maroc, en a été retiré. Il n’a pas passé à la commission de censure. La langue jugée très crue par moments était la raison évoquée. On peut penser que montrer le racisme à Casa, dénoncer les islamistes, la corruption policière ou l’impunité d’un riche violeur dérange au moins autant que la langue.

Ismael El Iraki à Montréal. Photo : Espérance Cerda
Ismael El Iraki à Montréal. Photo : Espérance Cerda

Mais Ismael El Iraki persiste et signe. « Avec H’rash, dit-il, j’ai fait le cinéma que j’aimerais voir au Maroc » Il a piaffé pendant quatre ans avant de faire ce film. Malheureusement, ce n’est pas possible de tourner de tels films au Maroc. Il faut se produire ailleurs, en Europe. C’est pourquoi, lui, il s’est fait produire en France. Il y trouve la liberté de création nécessaire à ses coups de griffe, mais aussi à sa volonté de faire du cinéma marocain qui ressemble aux Marocains. Il cite quelques réalisateurs qui ont le même parcours que lui : Faouzi Bensaidi, Nourredine et Lakhmari.

Pris par ce sentiment d’urgence, Ismael El Iraki a tout mis dans son film. « C’est le syndrome de la chaussure une pointure trop petite. On essaie de tout rentrer dedans de force. » Déjà, il le regarde avec un certain recul, sévèrement. Il le trouve « bordélique ». Il raconte l’avoir fait en réaction à son premier film, Carcasse, une science-fiction très construite et structurée. « H’rash, ça part dans tous les sens! » lance-t-il.

On a le droit de ne pas être d’accord.

Marise Murphy

Extrait du film H’rash

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