Vues de Likasi

Dans le cadre du Mois de la photo de Montréal, le photographe congolais Sammy Baloji présente au MAI sa série Vues de Likasi jusqu’au 10 octobre 2009. Ses photomontages montrent la vie quotidienne des Likasois dans une ville parée des vestiges des colonisateurs belges.

Les Noirs n’habitaient pas Lakasi au Congo-Kinshasa. Lakasi, c’était la ville des colons belges. Ce n’est qu’avec l’indépendance de la République Démocratique du Congo que les Noirs sont venus combler les espaces urbains laissés vacants par les colons belges. La reproduction photographique que fait Sammy Baloji du centre Likasi illustre cette réappropriation de la ville.

On parcourt les rues inconnues de la ville étrangère en suivant des panoramas produits à l’aide du photomontage traditionnel : des prises de vues frontales, de style documentaire simple, créant des photos de tailles différentes posées l’une sur l’autre pour obtenir ainsi une image grand format. Pour regarder l’image au complet, il faut la longer aux côtés des piétons présents dans la scène.

Ce que l’artiste nous présente est le quotidien likasais dans un décor colonial. Les images démontrent la reprise par les Congolais des lieux qui leur étaient auparavant interdits. Les noms de magasins tels qu’Agnus Dei, La Charité et Dieu Donné sont peints en vives couleurs sur les façades des bâtiments. Les étals de chaussures débordent sur les trottoirs. Des moments de la vie de tous les jours sont figés, intemporels.

La simplicité de la forme permet de porter une plus grande attention aux éléments de la photo. L’inclusion des coins de rue qu’il faut tourner donne un sens de la perspective pas toujours présente dans les oeuvres architecturales. Les différentes qualités de la lumière apparente d’un bout à l’autre d’un même panorama témoignent du temps qui passe. Le sentiment qu’on se tient sur le trottoir opposé à la scène permet de regarder tous les détails sans être vu. Avoir le temps de regarder permet de voir les traces du passé colonial dans la vie présente des Congolais.

L’exposition au M.A.I. ne présente que quatre rues de Likasi sur un total de 40. Même s’il n’est pas possible, avec ce nombre réduit d’images, de remarquer l’ampleur du contraste entre le passé et le présent, on peut toutefois baigner dans l’atmosphère de la place publique.

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