Reporter : Nick au Congo

Reporter est un documentaire choc sur le travail du chroniqueur du New-York Times, Nicholas Kristof. Il offre une réflexion sur le métier de journaliste mais en met aussi plein la vue. Âmes sensibles s’abstenir…

Présenté en primeur québécoise au Festival de films sur les droits de la personne de Montréal (FFDPM), le film s’ouvre sur une atmosphère angoissante. Des cris lointains, des enfants qui courent vers la caméra…Cette ouverture donne d’emblée le ton du film : une vision très sombre mais aussi réaliste du monde. En braquant sa caméra sur Nicholas Kristof, le réalisateur Eric Daniel Metzgar met du même coup sa lentille sur les laissés-pour-compte des conflits armés.

Nicholas Kristof n’est pas n’importe quel journaliste. Globe-trotter invétéré, récipiendaire de deux Prix Pulitzer, il est notamment connu pour avoir documenté avec assiduité la crise du Darfour. Dans  le documentaire de Metzgar, il part dans l’est de la République du Congo  accompagné de deux jeunes américains, l’une étudiante en médecine et l’autre professeur alors que les combats sévissent dans le nord Kivu à l’été 2007.

Pour témoigner du conflit le plus meurtrier depuis la Seconde guerre mondiale, ils se rendent dans des camps de réfugiés où la misère, la faim et la mort rôdent comme des vautours. Nicholas interroge les déplacés. Sa méthode : raconter les histoires des gens pour ensuite expliquer les grands enjeux. D’après une étude du chercheur Paul Slovic, plus il y a de morts, moins les gens s’y intéressent, « une personne meurt, c’est une tragédie, un million c’est une statistique. »

Les embûches du métier

Nicholas Kristof

Intéresser le monde à ce qui se passe à des milliers de kilomètres n’est pas simple, mais il n’est pas non plus facile d’avoir l’heure juste en situation de crise. Oui, il y a des personnes qui ont entendu qu’il y avait eu des morts la veille, mais qui a vu  les cadavres ? Malgré une compassion palpable à l’écran, le journaliste fait aussi preuve d’une distance nécessaire à la pratique de son métier.  « Même les victimes peuvent ne pas dire la vérité », dit-il à ses deux accompagnateurs.

Avec de nombreuses scènes filmées à l’épaule, ce documentaire nous plonge sans ménagement dans le quotidien d’un grand reporter, à des années lumières des aventures de Tintin. Un des moments particulièrement fort reste la rencontre de Kristof avec le chef militaire congolais Laurent Nkunda. Le film se termine sur une note plutôt pessimiste : le journaliste n’est pas sûr que son métier s’en aille dans la bonne direction. Pour cet idéaliste, le carnet et le stylo sont des armes qu’il n’est pas prêt de baisser.

Reporter sera disponible le 21 mars 2010.

Le FFDPM se poursuit jusqu’au 21 mars 2010.

Photos : Will Okun, Courtoisie Stick Figure Productions.

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