Été 2010 : Va-t-il falloir sauver nos festivals ?

Les festivals africains de Montréal ont beau être reconnus, avoir reçu des prix et distinctions, ils ne seraient plus appuyés à leur juste valeur. Alors que les autres festivals de la métropole se regroupent et reçoivent plus d’argent, ceux à saveur africaine voient leurs subventions réduire.

Alors que certains professionnels s’affairent à la programmation estivale, côté gouvernement, le Fédéral et le provincial étudient encore les demandes de subventions, tandis que le municipal a déjà scellé ses enveloppes. Pas un cent de plus n’est octroyé cette année à des organismes comme Vues d’Afrique ou Nuits d’Afrique.

Huit festivals ont décidé de se regrouper pour une sorte de « festival de festivals ». Il s’agit de Juste pour rire et sa nouvelle création, ZooFest, ainsi que le festival Mode et Design de Montréal, Présence autochtone, L’International des feux Loto-Québec, Osheaga, Divers/Cité et le nouveau Festival international des arts du cirque. L’idée est de créer une «masse critique» de manifestations s’étendant sur  trois semaines entre la mi-juillet et le début du mois d’août.

Au début du mois de mars, Gérald Tremblay, maire de Montréal, et Laurent Lessard, ministre des Affaires municipales, des Régions et de l’Occupation du territoire, ont annoncé la mise en œuvre de nouvelles initiatives en faveur des festivals montréalais.

Un Festival des Festivals sans Afrique

Une enveloppe budgétaire de 140 M$ est mise à la disposition de la Ville de Montréal pour le développement des festivals. Tous les principaux festivals se partagent le gâteau et il n’en reste plus une miette pour Nuits d’Afrique et Vues d’Afrique. Aussi, le nouveau Festival international des Arts du cirque, le dernier-né, reçoit la plus grosse part (500 000 $ par année, jusqu’en 2012). Soit autant que deux gros monstres : le Festival international de jazz et le Festival Juste pour rire.

Ni  Lamine Touré, président de Nuits d’Afrique, ni Gérard Le Chêne, pdg de Vues d’Afrique n’ont été concertés pour faire partie de l’aventure. Ils n’avaient déjà pas été contactés lors du changement de date des Francofolies, annoncé à la fin de l’été dernier.

Dans son communiqué, la ville de Montréal explique qu’« une somme annuelle de 250 000 $ sera disponible au profit des autres festivals visés par ce programme. » Lorsque Touki Montréal a voulu savoir la liste des éventuels bénéficiaires, Isabelle Poulain attaché de presse, explique que la ville ne peut pas encore divulguer de noms. Néanmoins, Mme Poulain rappelle que « la municipalité verse quand même chaque année 25 000 $ aux organismes Nuits d’Afrique et Vues d’Afrique respectivement. »

Il a fallu « beaucoup de temps avant que la Ville de Montréal ouvre les yeux et comprenne qu’on mérite un soutien », rétorque Géraldine Le Chêne, directrice des communications et du développement, rencontrée dans les bureaux de Vues d’Afrique.

L’organisme Nuits d’Afrique organise depuis 25 ans, son Festival international Nuits d’Afrique. Le festival représente près de 100 000 festivaliers, 30 pays représentés, près de 400 musiciens en 10 jours de programmation.

Quand à Vues d’Afrique, il organise chaque année trois festivals (Le Rallye-Expo, le Festival PanAfrica international et les Ciné-spectacles) et travaille pour le développement d’autres projets.

Des trophées n’ont pas de prix

La controverse autour des prix SOBA a fait passer sous silence le Prix SOBA Images 2010 décerné à Vues d’Afrique. Le prix récompensait l’organisme, «pour l’apport culturel et interculturel important qu’il apporte depuis 25 ans en mettant en valeur la culture africaine et créole d’ici et d’ailleurs.»

Il s’ajoute à la douzaine de prix et distinctions décernés à Vues d’Afrique et à son président-directeur général, Gérard Le Chêne pour leur rayonnement à l’international. « Nous avons beau être reconnus, nous ne sommes pas appuyés financièrement à la hauteur de ce que nous devrions être» explique Géraldine Le Chêne.

Elle s’insurge aussi contre l’attitude d’Ottawa : « Je trouve inacceptable que le fédéral donne un montant qui ne représente qu’à peine 15 % de notre budget lorsque le provincial verse près de 45 %, après tout ce que nous faisons pour sensibiliser les Canadiens à l’ouverture sur le monde. »

Touristiques mais pas assez

Auparavant, Vues d’Afrique recevait 15 000 $ de Tourisme Montréal. Le montant aurait même déjà atteint 35 000 $ avant de rechuter ensuite à 0 $ en 2008. Cette année, l’organisme s’est vu refuser une nouvelle demande « Comment grandir et avoir droit à des fonds pour les touristes lorsqu’on n’a pas le financement nécessaire pour aller chercher ces touristes? », se demande Géraldine Le Chêne.

L’an dernier, Nuits d’Afrique apprenait, deux jours avant le début du festival, qu’il ne recevrait pas la somme prévue d’Industrie Canada, soit 107.000 $, c’est-à-dire 20 % de son budget. « Nous attendons impatiemment la réponse d’Industrie Canda, on espère vraiment être sur leur liste », soupire Caroline Simard, responsable des communications de Nuits d’Afrique. Le programme Manifestations touristiques de renom du gouvernement du Canada, destiné aux festivals de moyenne et de grandes envergures n’a pas encore dévoilé la liste des bénéficiaires pour l’été 2010.

Au moment de mettre en ligne, le site du Festival du Monde arabe était difficilement accessible et le Festival international des rythmes d’Afrique et des Antilles de Montréal (Festiraam) n’a toujours pas répondu aux appels de Touki Montréal. Pour ces deux festivals, les dates pour l’édition 2010 n’ont pas encore été dévoilées.

Lors de son passage à Montréal, l’été passé,  voici ce que constatait l’humoriste Fabrice Éboué à Touki Montréal : « Avec le Festival de Jazz et Juste pour rire, il y a de l’animation dans toute la ville, à ne plus savoir où donner de la tête… et au milieu de tout ça…. Une petite rue pour le Festival des Nuits d’Afrique! »

Liste de quelques festivals africains de Montréal

  • FESTIRAAM : la dernière édition a eu lieu les 24 et 25 avril 2009.

Mise à jour : Le Festival international Nuis d’Afrique s’est rajouté à la liste à du festival des festivals.

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