Weapon of War : confession de viols au Congo

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Encore le Congo diront certains ? Il est vrai qu’on parle « souvent » de la situation du Congo. Mais elle est tellement alarmante et désespérante que d’en parler reste malheureusement la seule chose à faire. L’idée, c’est probablement d »éviter que l’opinion publique et la communauté internationale oublient le drame de ce pays si riche, mais ô combien meurtri.

Dans Weapon of War, les réalisatrices hollandaises Femke et Isle Van Velzen ont choisi de s’attaquer à la problématique du viol dans une guerre aussi ravageuse que celle du Congo. En réalité, elles abordent la question fondamentale du viol comme arme de guerre. Les statistiques ne sont pas réjouissantes dans ce dossier. Les organisations sur le terrain estiment à plus de 100 000 le nombre de femmes violées en République démocratique du Congo.

Dès les premières minutes du film, le spectateur est téléporté sur une route. En fait il s’agit plutôt d’une piste. Le soleil n’est pas encore levé, des hommes montent les collines en vélo. Quelques femmes descendent ces mêmes collines, seau et récipient d’eau sur la tête. Et tout d’un coup, sans avertissement, on aperçoit les vastes étendues de verdure du Congo.

Tout de suite après, l’image du vert laisse peu à peu la place à une autre couleur, le rouge. Couleur du sang, de la violence, le rouge n’apparait jamais tout au long du film. Il s’installe plutôt dans le subconscient du spectateur au fur et à mesure que ce dernier s’abreuve des horreurs décrites dans le film.

Un ancien rebelle, aujourd’hui civil, raconte son passé de militaire. Pillage, agression et forcément viol. Qui paie la facture ? Ce sont des femmes, et souvent, encore pire, des jeunes filles.

Un autre explique comment il a forcé une jeune fille à « sortir » avec lui et décrit presque dans les détails sa première nuit. Inutile de souligner qu’il ne s’agissait ni de romance, encore moins de coup de foudre. La jeune fille est devenue son épouse. Le rebelle est aujourd’hui aumônier et capitaine dans l’armée régulière. Il parcourt le pays afin de sensibiliser les  anciens ennemis — aujourd’hui collègues dans l’armée du Congo — sur les conséquences du viol. Lui aussi a violé six femmes dans une ancienne vie.

Dans une salle de l’ONF plein à craquer, le public montréalais s’est enivré de ce documentaire de 60 minutes. Dans l’assistance, plusieurs jeunes cégépiennes ont eu du mal – avec raison — à contenir leur émotion. Le film était présenté en première canadienne dans le cadre du Festival des films sur les droits de la personne de Montréal.

Capitaine Basima, ancien rebelle et aujourd'hui aumônier

Bien qu’il ne s’agisse que d’une infime partie d’un problème généralisé, avec ce documentaire, les réalisatrices mettent le doigt sur l’une des rares constances dans toute guerre. Souvent, les seules victimes à subir les conséquences sont presque toujours des femmes. Il y a eu la Deuxième Guerre mondiale, il y a eu la Bosnie, maintenant le Congo.

Présenté en première mondiale au Festival international du documentaire d’Amsterdam en 2009, Weapon of war ne laisse certainement pas indifférent. Il nous rappelle surtout que la guerre, quelles qu’en soient les conséquences, laisse des traces, pas toujours visible, mais qu’il faudra plus qu’une vie pour oublier.

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