Un transport en commun : Un road movie musical version Sénégal

Dans le cadre de la sélection MusicaAfrica du Festival PanAfrica 2010, Touki Montréal vous propose une critique du film « Un transport en commun » de Dyana Gaye, un road-movie musical sénégalais, version taxi brousse!

Dakar, Sénégal, au cœur de la gare routière se croisent passants, marchands et voyageurs de passage sous le brouhaha des moteurs. Un chauffeur de taxi attend, pipe aux coins des lèvres, les prochains passagers. L’image est banale, presque pittoresque. Sept voyageurs doivent embarquer à bord de son véhicule, un taxi brousse qui n’en est pas à son premier voyage. Vont alors se croiser pendant ce périple une gérante de salon de coiffure, madame Barry, qui souhaite revoir ses enfants,  une jeune femme se rendant à l’enterrement de son père, un jeune homme qui veut dire au revoir à sa fiancée avant de partir pour l’Italie et deux Françaises qui achèvent leurs vacances au Sénégal.

Pendant que les passagers attendent un septième voyageur, une des jeunes filles se met à murmurer quelques notes au milieu des voitures et étales: un air improvisé qui entraîne toute la troupe sur une chorégraphie à la « West Side Story ». Le décor est surprenant, les paroles ne sonnent pas toujours justes et la scène déconcerte. Mais le ton est donné: ce portrait du Sénégal sera souriant.

Décidant de ne pas attendre le dernier passager, le taxi prend enfin la route et le road trip  commence. Sur le chemin reliant Dakar à  Saint Louis, les voyageurs se dévoilent, pendant qu’enfin, le septième passager, un étudiant français, parvient à rejoindre le taxi. Les chansons tantôt en français, tantôt en wolof se succèdent durant le voyage: chacun raconte son histoire, son passé, son mal être, sur fond de critique du Sénégal. Le chauffeur de taxi fredonne ainsi:« j’ai le mal de vivre dans notre Sénégal, j’ai mal d’entendre que la France est amie de l’Afrique et que l’Atlantique ne cesse de nous avaler». Certains se prennent alors à rêver d’ailleurs et même à l’exil.

La métaphore filée du départ accompagne ainsi chaque scène du film: départ pour Saint Louis, départ pour l’étranger ou même pour une nouvelle vie. Sur son chemin le septième passager croisera en effet Dorine, la nièce de madame Barry, employée dans son salon de coiffure. La jeune femme finira elle aussi par prendre la route pour Saint Louis, rêvant d’aventure, d’échappée et d’une nouvelle vie, pourquoi pas aux bras de ce Français tout juste rencontré.

Ce film livre ainsi une vision du Sénégal réaliste mais décalée. Les pas de danse et les paroles ne sont pas sans rappeler les comédies musicales de Broadway. Le mélange des genres est clairement revendiqué. Rock, jazz, blues et même un « sole mio  italien » se mêlent ainsi aux rythmes des percussions africaines. Un mixte inédit mais auquel on finit par adhérer.

Les chansons du film ont toutes été écrites par la réalisatrice, Dyana Gaye et sont interprétées par Le Surnatural Orchestra. Le film est déjà lauréat de plusieurs prix: Prix spécial du jury, prix Fipresci et prix des droits de l’homme au Festival du film de Dubaï ainsi que le prix de la meilleure bande originale et le palmier d’or au Festival de Valencia.

Un Transport en commun est en compétition officielle dans la catégorie Sélection thématique. Il sera projeté le 18 avril au cinéma du parc.


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