Actualités de la semaine du 19 avril

Chaque semaine, Touki Montréal passe en revue l’actualité africaine. Cette fois-ci : quelque chose cloche en Somalie, Abdelaziz Bouteflika joue à la cachette, le Gabon risque la panne sèche et les homosexuels marocains lisent une revue qui leur ressemble.

Pour qui sonne le glas

Photo : pla16, Flickr

La récréation est terminée en Somalie. Le groupe islamiste Al Chabaab interdit désormais aux enseignants des écoles de Jowhar, une ville au nord de Mogadiscio, de sonner les cloches pour annoncer le début et la fin des cours.

« La cloche qu’ils sonnent pour rassembler les élèves est contraire à l’Islam. Sonner les cloches est l’apanage des églises chrétiennes », a déclaré à la presse locale Cheikh Farah Kalrun, l’un des responsables du groupe Al Chabaab.

Depuis, les enseignants tapent dans leurs mains, sur les tables ou sur les portes pour attirer l’attention des enfants.

Selon un directeur d’école de la région, qui a désiré conserver l’anonymat, cette mesure est « tout à fait ridicule ». Malgré tout, les établissements de la ville sont contraints d’y obéir, n’ayant « pas d’alternative », a-t-il affirmé à l’AFP.

La mélodie des cloches de Jowhar n’est pas la seule musique qui écorche les oreilles de Al Chabaab et de Hezb al-Islam, les deux groupes islamistes somaliens qui contrôlent la quasi-totalité du centre et du sud du pays. En effet, depuis la mi-avril, le service radiophonique de la BBC a été interrompu et la diffusion de musique (maléfique, d’après Hezb al-Islam) est prohibée à Mogadiscio.

Sources: BBC News, AFP, New York Times

Pour aller plus loin: Témoignage vidéo d’un Canadien né en Somalie qui s’est enrôlé au sein du groupe islamiste pendant six mois (reportage du National Post).

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Mais où se cache Abdelaziz Bouteflika ?

Absent au sommet sur la sécurité nucléaire de Washington, les 12 et 13 avril. Invisible aux conseils des ministres depuis décembre 2009. Muet depuis des mois face à ses concitoyens, qu’il aimait régaler de longs discours.

Selon plusieurs observateurs et journalistes, les apparitions d’Abdelaziz Bouteflika, le président de la République algérienne, se font de plus en plus rares.

Photo : blackwich, Flickr

« Lui qui aime tant occuper le devant de la scène politico-médiatique, brille par son absence », soulignait le journal El Watan le 8 avril, dans un numéro consacré à l’anniversaire de sa réélection de 2009.

Déjà, le 28 février, la publication franco-algérienne s’était montrée étonnée de l’absence de M. Bouteflika aux obsèques du directeur général de la Sûreté nationale (premier policier du pays), assassiné le 25 février.

Le dernier voyage à l’étranger du président remonte au 26 mars. Il a pris part au 22e Sommet de la Ligue des États Arabes, en Lybie. Selon le magazine Foreign Policy, il aurait « surmonté la maladie » pour y assister.

Mais trois jours auparavant, M. Bouteflika a reçu Christopher Ross, envoyé du Secrétaire général des Nations unies pour le Sahara occidental. Ce dernier a confié au journal français Le Monde avoir trouvé le président « très en forme ».

Le mystère reste donc entier. Et la machine à rumeurs, elle, s’emballe.

Au premier rang des raisons évoquées pour expliquer la rareté des apparitions publiques du président: la précarité de son état de santé.

Rappelons qu’en 2005, Abdelaziz Bouteflika avait subi une  importante intervention chirurgicale en France. Il avait ensuite déclaré à la télévision algérienne qu’« on ne peut pas être responsable de la Oumma [nation, communauté] et cacher des choses à son peuple ». Mais à ce jour, les ragots n’ont toujours pas été démentis officiellement.

Sources : El Watan, Le Monde, Foreign Policy

Pour aller plus loin : Une biographie d’Abdelaziz Bouteflika

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De l’eau dans le gaz au Gabon

L’organisation nationale des employés du pétrole (ONEP), principal syndicat du secteur pétrolier gabonais, a déclenché une grève générale illimitée le 13 avril. Les grévistes réclament la liberté d’exercice de leurs droits syndicaux et le resserrement des normes d’inspection du travail.

Mais c’est surtout l’embauche excessive d’étrangers qui indispose l’ONEP. Le syndicat estime que trop d’Africains non-Gabonais et d’Occidentaux sont recrutés par les entreprises pétrolières.

Libreville (photo: René-Pierre Favre)

Aussitôt l’annonce faite, mercredi dernier, les stations d’essence de Libreville ont été prises d’assaut. C’est l’ONEP elle-même qui avait recommandé aux citoyens d’en faire ainsi, puisque le ravitaillement en produits pétroliers pourrait diminuer ou être carrément interrompu si la grève s’éternise. Et pour cause: on estime que les travailleurs de l’ONEP produisent à eux seuls 60% des 250 000 barils de pétrole quotidiens du pays.

Ce conflit de travail est un premier grand test pour le président Ali Ben Bongo. Son père, Omar Bongo, qui a dirigé d’une main de fer le Gabon pendant 41 ans, a souvent été accusé d’avoir détourné les revenus du lucratif secteur pétrolier du pays d’Afrique centrale.

Sources : Afrik.com, Romandie.com, The Gazette

Pour aller plus loin : Dossier du Courrier international sur l’après-Omar Bongo

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Un premier magazine gay au Maroc

Alors qu’une vaste étude du Pew Research center rapporte qu’environ 90% des Africains condamnent les pratiques homosexuelles, le Maroc a vu naître, en avril, le tout premier magazine gay du monde arabe: le Mithly (homo, en arabe).

Dans ce pays, où l’homosexualité peut mener à des peines d’emprisonnement, il est encore inconcevable de mener cette entreprise au grand jour. C’est donc à partir de la salle de rédaction de Madrid, en Espagne, que le tout a été orchestré. Une fois imprimés – en cachette – , deux cents exemplaires ont été distribués clandestinement dans les rues de Rabat, la capitale marocaine.

Mustapha Khalfi, directeur de la publication du journal Attajdid, proche du Parti justice et développement (parti islamiste représenté au parlement) a affirmé au journal belge Le Soir que « les autorités doivent interdire cette publication qui porte atteinte aux valeurs islamiques de la société marocaine. L’homosexualité est contre l’avenir de l’humanité ».

Le magazine est disponible sur Internet, mais seulement en langue arabe.

Sources : Afrik.com, Le Soir

Pour aller plus loin: Un portrait d’Abdellah Taia, auteur marocain homosexuel qui s’est donné comme mission de se faire accepter par le monde musulman grâce à ses romans.

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