Entrevue avec Gentille M. Assih

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Cinéaste togolaise, Gentille M. Assih présente cette année au PanAfrica 2010, son court métrage Bidenam. Il est en compétition dans la catégorie courts-métrages, sélection internationale Africa Numérique. C’est au Quartier général du Festival que Gentille Assih s’est entretenue avec Touki Montréal.

Dans le film – Bidenam, l’espoir d’un village- qu’elle présente à Montréal, il est question d’une jeune, fraichement diplômée en agriculture et qui revient dans son village natal. Rattrapée par la réalité des sulfureux politiciens corrompus et aidé sans vergogne par des chefs de villages naifs ou cupides, Bidenam, l’héroïne de la cinéaste devra se battre pour convaincre les siens qu’il est possible de résister.

Touki Montréal : Votre court métrage se voulait-il un exemple d’intégration et de mixité entre les régions du Sud et du Nord du Togo ?

Gentille M. Assih : Au Togo, la langue éwé est passepartout, c’est comme le wolof au Sénégal. L’idée c’était donc de faire un film passepartout. C’était aussi de présenter un aspect du Togo, ou dans la plupart des villes éwé, il y a des gens qui parlent kabye et c’est ça le paradoxe. On parle souvent de la rivalité Sud/Nord, mais en réalité lorsqu’on va au Sud, on retrouve beaucoup de Kabye totalement intégrés.

Touki Montréal : Est-ce que Bidenam, l’espoir d’un village n’est qu’une fiction, un produit de votre imaginaire ?

Gentille M. Assih : C’est une histoire vraie. Dans le processus de fabrication du film, j’ai choisi la méthode du documentaire. Alors, l’aspect fiction réside dans le fait que ce soit une histoire écrite, bien que ce soit le quotidien de ces personnes. L’histoire de ce village ressemble à 90 % de ce qui se passe au Togo, au Nord comme au Sud. Des politiciens qui s’approprient des terrains, qui les revendent aux Chinois ou qui les utilisent pour faire des plantations de bois qui se vendent bien.

Touki Montréal : Dans votre film, vous abordez plusieurs sujets, la question du retour au village, de l’exode rural, la politique, la corruption. Vouliez-vous initialement toucher autant de sujets?

Gentille M. Assih : Au départ, le message de ce film s’adressait aux jeunes. Ma petite soeur est partie au Maroc faire des études en agronomie. Et j’aurais voulu qu’elle mette une partie de ses connaissances et de son temps au service de nos communautés. Mais lorsque je suis arrivée dans ce village, je me suis rendu compte que le problème était plus profond. Je n’avais pas imaginé l’ampleur du problème.

Dans ce film, j’ai voulu dire aux jeunes diplômés qu’il n’y a pas que dans les bureaux qu’il faut trouver du travail. Le message s’adressait aussi aux ruraux. Ils ont tout ce qu’il faut sur place. Ils n’ont pas toujours à attendre des autorités. Ils ont justement besoin de mettre un peu d’efforts et ils y arriveront.

Touki Montréal : Vous abordez aussi le rôle des chefs de village qui voient leur influence diminuée au fils des ans, notamment par les politiciens…

Gentille M. Assih : Je ne sais pas quelle est la situation dans les autres pays en Afrique, mais au Togo c’est un problème. Les chefs du village pour plusieurs raisons n’ont plus d’autorité. Ça dépend de la façon dont ils sont arrivés là, des fois c’est par leur comportement. Par exemple un chef de village qui reçoit des ordres d’un plus jeune qui peut-être son fils, à cause de quelques billets de banque. Certains pèchent aussi par ignorance. Au final, ils ne sont ni respectés par le politique, ni par la population.

Touki Montréal : L’industrie de la vidéo des clips musicaux est en pleine ébullition à Lomé et ailleurs au Togo. Est-ce que c’est le cas du cinéma aussi? Et sinon pourquoi ça ne marche pas.

Gentille M. Assih : Les Togolais sont des cinéphiles avertis, mais ils sont très exigeants. Tant que les productions togolaises ne sera pas de qualité, ils n’arriveront pas à s’imposer. Par contre, les cinéastes togolais n’ont pas de moyens. Ils n’ont pas la chance d’être formés et techniquement, financièrement ce n’est pas possible.

L’État n’a rien mis sur place pour régler ce problème. Et quand certains arrivent à sortir du lot, il y a une sorte d’autodestruction entre le peu de soi-disant cinéastes qu’il y a. On ne fait pas de la critique constructive, mais on critique juste pour détruire l’autre et ça ne fait pas avancer les choses.

Bidenam, l’Espoir d’un village de Gentille M. Assih sera projeté ce vendrdi 23 avril à 18h30 au Cinéma Beaubien. Son dernier long métrage, Itchombi,  a été récompensé au dernier Festival international du film ethnographique du Québec.

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