Actualité de la semaine du 9 mai

Cette semaine, une actualité africaine chargée d’enjeux à long terme! Deux exemples à suivre, celui du Président malien qui renonce à modifier la constitution pour briguer un troisième mandat, et celui d’un projet pilote qui fait des miracles économiques en Namibie. Puis, tandis que l’Afrique s’expose à Shanghai pour l’exposition universelle, l’Afrique du Sud expulse ses pauvres pour faire bonne figure pendant la Coupe du Monde de soccer.

Politique : Fin des triples mandats présidentiels : le Mali montre l’exemple

Récemment, le président malien Amadou Toumani Touré (ATT) a surpris tous ses partisans. Il a refusé de modifier la constitution pour briguer un troisième mandat à la présidence en 2012. Une initiative dont ses pairs africains devraient s’inspirer, juge l’hebdomadaire Jeune Afrique.

La plupart des constitutions africaines limitent à 2 le nombre de mandats présidentiels. Seulement voilà, depuis 2001, pas moins de 9 régimes africains ont aboli cette règle en révisant leur constitution – le dernier en date étant Djibouti, le 19 avril 2010.

Ce coup de théâtre fait renaitre un débat récurrent sur le continent. Tandis que la presse malienne se targue d’aller à contre-courant du mouvement de restauration des pouvoirs autoritaires en Afrique, d’autres États, comme le Burkina Faso, remettent en cause l’aspect démocratique de la constitution.  Selon le président de l’Assemblée, Roch Marc Christian Kaboré : « La limitation du mandat est antidémocratique. Cela va à l’encontre du droit du citoyen à désigner qui il veut. »

Une autre question plus pragmatique se pose : pourquoi ATT renonce-t-il à un troisième mandat? Par peur d’y laisser sa réputation, disent les spécialistes. « Le président a bâti son autorité sur sa crédibilité à l’étranger… Difficile de la ruiner d’un seul coup », pense un de ses anciens ministres.

Sources : Jeune Afrique, maliweb.net, rfi.fr

Pour aller plus loin : Le site « La constitution en Afrique », qui vulgarise, sans partisannerie, l’actualité constitutionnelle de pays en pleine mutation.

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Économie : Les vertus du Revenu Minimum Garanti (RMG) en Namibie

L’instauration d’un RMG sans condition est un concept en branle dans de nombreux pays. C’est en Namibie, pays où l’on retrouve les plus grands écarts de revenus au monde, que les effets de ce système ont été testés. Deux ans plus tard, le quotidien allemand Frankfurter Rundschau a fait le point avec Herbert Jauch, le responsable du programme dans le village d’Otjivero.

Les mauvaises langues prédisaient qu’en donnant 100$ namibiens (environ 14$ canadiens) par mois aux habitants, ceux-ci l’utiliseraient pour acheter de l’alcool. Ils  se trompaient : avec l’argent, une femme a acheté du tissu et a cousu des vêtements, une autre a confectionné des petits pains, tandis qu’un villageois a façonnée des briques. « On a vu tout d’un coup une série d’activités économiques apparaître dans le village », raconte Herbert Lauch. Il en déduit que le revenu minimum ne rend pas paresseux mais, au contraire, ouvre des perspectives.

Les effets qui en découlent sont tout aussi frappants. À Otjivero, le nombre de personnes vivant au-dessous du seuil de pauvreté est passé de 76% à 37%. Moins de 10% des enfants sont sous-alimentés alors qu’on en comptait la moitié avant l’expérience. 90% d’entre eux finissent leur scolarité contre 60% auparavant. Enfin, la criminalité a baissé.

Une réussite qui ne convainc pas tout le monde. Des réticences de la part du gouvernement local et du Fond Monétaire International (FMI) empêchent à l’heure actuelle d’étendre ce projet pilote à l’échelle nationale.

Source : Frankfurter Rundschau, Courrier internationalAlternative International Journal, Contrarian.ca

Pour aller plus loin : BIGNAM, le site du projet pilote en Namibie (en anglais)

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Société : Shanghai à l’africaine

Les relations économiques grandissantes entre la Chine et l’Afrique se matérialisent une nouvelle fois à travers la place de choix que l’exposition universelle de Shanghai accorde au continent africain.

Forts de cette généreuse aide financière, des pays comme le Niger, la Guinée équatoriale et le Liberia refont leur apparition, alors que leur dernière participation datait de 1967 à Montréal. La Somalie y est présente pour la première fois. Parmi les absents, le Burkina Faso n’a pas été invité puisque le pays africain a des relations politiques avec Taïwan, il n’aura pas, en retour, de « relation officielle » avec Pékin.

Si le thème « Meilleure ville, meilleure vie » est à l’honneur, c’est surtout l’aspect folklorique de l’Afrique qui attire les visiteurs (à 95% Chinois). Entre les expositions d’artisanat et les spectacles de danses, une vieille dame capte particulièrement l’attention dans la zone de l’Éthiopie. Lucy, la plus ancienne hominidé, ayant vécu il y a 3,2 millions d’années en Afrique de l’Est, a elle aussi fait le déplacement dans la cité asiatique !

Dans la mouvance « Chinafrique », à noter aussi ce sondage sur ce que les Africains pensent des Chinois, réalisé par Afrobaromètre.

Source : Jeune AfriqueXinhua, Afrik.com

Pour aller plus loin : Les analyses détaillées du sondage se trouvent sur le site web d’Afrobaromètre

Le site officiel de l’exposition universelle 2010 (en français)

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Sport : Les expulsés du Mondial

La Coupe du monde de soccer n’a pas que de bonnes retombées sur la population. Pour faire bonne figure, le gouvernement sud-africain a décidé de « nettoyer » les rues des villes en expulsant tous les pauvres et sans-abris s’y trouvant. Ces derniers ont été conduits contre leur gré dans des installations de fortunes construites à la périphérie des villes.

Une équipe de journalistes du quotidien britannique The Guardian est allée visiter l’un des ses ghettos, surnommé le Blikkiesdorp. Sur place, la situation est alarmante : plus de 15 000 personnes s’entassent dans ces logements d’urgence, prévus pour en accueillir 650. Une chaleur accablante en été, un froid glacial en hiver où prospèrent les cas de tuberculose et de sida. Les expulsés n’ont pas d’adresse postale, ce qui hypothèque leur chance de trouver un emploi régulier, et quand un bébé nait dans le camp, il n’a aucune reconnaissance officielle.

Pamela Beukes, secrétaire de la Campagne antiexpulsions de l’ouest du Cap, profite de l’attention médiatique pour dénoncer ces conditions inacceptables: « Ils font pire que le régime de l’apartheid ! À l’époque, on avait au moins le droit à une maison en briques. La Coupe du monde était censée améliorer notre niveau de vie, mais c’est le contraire qui se produit. »

Source : The Guardian, Courrier international,  Chronofoot.com

Pour aller plus loin : Découvrez en images les conditions de vie du ghetto de Blikkiesdorp sur le site de la Campagne antiexpulsion (en anglais)

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