Tamikrest : la jeune garde touareg

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Nouvelle génération du rock touareg appelé ishumar, « la musique des chômeurs », Tamikrest reprend le flambeau de son grand frère Tinariwen. Loin du Sahara malien dont les membres sont originaires, ils débarquent en Occident pour leur première tournée hors du continent africain. Présentation du groupe et de son premier album, Adagh, en attendant de les voir un jour au Canada.

Le soleil brille à Tinzaouaten, petite ville au coeur de l’Adagh des Ifoghas, une montagne de grès située au nord Mali. Ce qui paraîtrait pour beaucoup comme une simple zone isolée, en plein milieu de l’immensité du désert saharien, est en fait le foyer de nombreux Touaregs, et en particulier Ousmane Ag Mossa, leader de Tamikrest. Lui qui plus jeune rêvait d’être avocat, consacre maintenant sa vie à l’art, ayant réalisé que la musique pouvait être une arme encore plus forte.

Quelques riffs de guitare sur Outamachek suffisent à donner le ton de l’album : nous sommes bien en plein territoire touareg. A la première écoute, le nom du groupe Tinariwen, précurseur du genre mélangeant mélodies traditionnelles et rock effervescent, vient rapidement à l’esprit. L’histoire de Tinariwen a marqué les membres de Tamikrest, eux-mêmes admettant la grande influence de ceux qu’ils appellent « leurs grands frères ».

Mais Tamikrest va un peu plus loin. D’autres inspirations se démarquent pour donner un son parfois un peu plus sombre et agressif, comme sur Tamiditin ou Tahoult. « On écoutait un peu de rock et on voulait amener ça dans nos chansons, » indique Cheikh Ag Tigly, le bassiste du groupe. Le percussioniste Aghaly Ag Mohamadine ajoute : « on aime tous Dire Straits, Bob Marley et Jimi Hendrix. Si tu écoutes notre musique tu entendras ces différentes idées. »

Las des rebellions incessantes dans leur région saharienne, Tamikrest, qui signifie « union » en langage tamasheq, tient à marquer son refus de la violence. « Notre combat, c’est les guitares, » précise Aghaly. « Si je m’arrête dans la rue pour parler de notre situation, personne ne va m’écouter, mais si je prends ma guitare, là les gens écouteront. »

Leur musique, à l’image de leurs paroles, laissent planer un sentiment triste et nostalgique. Les conditions de vie douloureuses des Touaregs de l’Adagh des Ifoghas établissent sans nul doute la base de cet esprit, parfaitement illustré sur la ballade mélancolique Adagh. « Je voudrais exprimer franchement le mal que j’ai. Nous devons dire au monde entier les souffrances de notre peuple, » voilà le message de Tamikrest selon Aghaly.

Adagh est en fin de compte un album prometteur d’un jeune groupe qui doit totalement prendre son envol. La beauté des compositions, tel que le montre l’hypnotique Aicha, prouve que Tamikrest a totalement sa place à coté de leurs aînés. Et comme ils le déclarent eux-mêmes : « Tinariwen, c’est les créateurs du style ishumar. Maintenant c’est à nous d’amener le concept plus loin. Et il y aura une génération après nous. La musique sera toujours là. »

Nicolas Roux

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