Combat des femmes contre le harcèlement sexuel au Bas-Congo

Très fréquent au travail et à l’école, le harcèlement sexuel, qui constitue une infraction à la loi, est rarement dénoncé par les femmes qui en sont victimes. Au Bas-Congo, elles se battent pour faire changer la situation mais manquent souvent de preuves et de confiance en la justice. Elles craignent aussi de perdre leur emploi.

(Syfia-Grands-Lacs)

Au mois de février 2010, un groupe de femmes de Matadi, chef-lieu de la province du Bas-Congo (sud-ouest de Kinshasa), a marché dans la rue pour dénoncer le harcèlement sexuel de plus en plus fréquent. En sont souvent victimes, celles qui travaillent ou des plus jeunes, élèves ou étudiantes. Sur la banderole des manifestantes, on pouvait lire leur cri de colère : « Non aux harcèlements sexuels dans le milieu professionnel : justice équitable, non à l’impunité et au trafic d’influence. » A la tête de la marche, l’une d’elle, C.M. employée dans une entreprise locale, qui en a ras-le-bol de son chef haut gradé : « Depuis deux ans, il me demandait de coucher avec lui… », accuse-t-elle, enragée.

Le harcèlement est devenu presque un fléau de société. S’appuyant sur un mémorandum des femmes, une enquête menée en mars par l’Assemblée provinciale du Bas-Congo dans quelques entreprises de Matadi semble confirmer les faits. Selon les résultats de cette enquête, c’est surtout à l’Office national de transport (Onatra, entreprise publique), que les témoignages et plaintes sont les plus nombreux. « La pratique est très élevée à l’Onatra et se fait surtout sur des policières surnommées le “repas du chef” », révèle l’enquête.

Le harcèlement est une infraction

Encouragées par la loi votée en 2006, qui fait du harcèlement sexuel une infraction comme les autres violences sexuelles, certaines femmes du Bas-Congo tentent de briser le silence pour mettre fin à cette pratique. Mais, selon Me Chérine Luzaisu Lusienge de la Synergie provinciale des violences sexuelles, à peine une dizaine de plaintes seulement ont été portées devant la justice. « C’est déjà quelque chose, car jusque-là il n’y avait pas de plaintes devant les cours et tribunaux », renseigne cette avocate.

La plupart des femmes ignorent, en effet, que ces pratiques constituent aujourd’hui une infraction à la loi et que ceux qui en sont reconnus coupables, encourent des sanctions allant de un à douze ans de servitude pénale et/ou d’une amende de 150 000 Fc (165 $). « Je ne voyais que le viol, maintenant je sais que le harcèlement est aussi une infraction. Je ne me laisserai plus faire », dit une femme, décidée à porter plainte.

Dans les milieux de travail, les auteurs de tels abus n’étaient jusque-là passibles que de sanctions disciplinaires, comme le blâme. Mais l’enquête de l’Assemblée provinciale note que dans les entreprises, de nombreux cas avérés de harcèlement sexuel sont tus par les victimes « par peur de perdre l’emploi, souci d’en obtenir, par la détérioration des relations socioprofessionnelles ou le manque de confiance en la justice. » Pour celles qui s’en remettent à la justice, se pose souvent le problème d’apporter des preuves de leurs accusations. « S’il n’y a pas d’indices sérieux de culpabilité sur des paroles, des gestes, des pressions… du harceleur sur la victime visant à obtenir d’elle des faveurs de nature sexuelle, il est difficile qu’une telle dénonciation aboutisse », affirme Julie Lungu, avocate.

Etre compétente pour se faire respecter…

A ce jour, bien qu’une dizaine de plaintes aient été jugées dans les tribunaux, seuls deux harceleurs ont été jetés en prison. Dans les parquets, des victimes sont parfois exhortées à abandonner toute poursuite, au profit d’un arrangement à l’amiable. Comme cette vendeuse de magasin à Matadi, qui, après avoir porté plainte contre son patron, a reçu 750 $ pour que l’affaire soit close. « La loi souligne qu’on ne peut pas transiger en matière de violences sexuelles », fait pourtant observer un avocat.

D’après César Mayimbi, coordonnateur de la Synergie provinciale des violences sexuelles, moins de 1 % de la population du Bas-Congo sur 4,3 millions habitants, sont informées en matière de violences sexuelles. Pourtant, dit-il, « les abus à dénoncer sont nombreux, même en milieu scolaire où les profs utilisent de nombreuses astuces, comme exiger aux élèves filles de leur faire des ”pas de conduite” (les accompagner, ndlr) ou d’apporter les cahiers des élèves chez eux à domicile… » Si les femmes doivent dénoncer cette pratique, elles doivent surtout en présenter des preuves afin que ces abus soient effectivement sanctionnés. Aux femmes au travail, Margueritte Kunduma du Fonds des Nations unies pour la population (Unfpa) demande d’être « compétentes et de se faire respecter pour lutter contre les menaces du chef. »

Par Nekwa Makwala

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