Une seconde chance pour les ex enfants-soldats du Congo

A Walikale, au Nord-Kivu, des parents hébergent gratuitement chez eux des ex enfants-soldats, sans tenir compte de leur origine ethnique. Ils facilitent ainsi leur réintégration à la vie civile, dans une région qui grouille de milices qui utilisent encore des enfants.

(Syfia Grands Lacs/RD Congo)

Emma, 16 ans, est allongé sur une natte à même le sol dans une chambre entrouverte pour voir ce qui se passe au salon. Il a été retiré de la milice Kifuafua en septembre dernier et vit, pour trois mois, dans la maison de Maombi, à Walikale (environ 200 km à l’ouest de Goma). Il rejoindra ensuite sa famille biologique.

Beaucoup d’enfants utilisés dans les forces et groupes armés à l’est de la RD Congo, tentent de se reconstruire, traumatisés parfois par leur passé violent. Un jour, Emma a terrorisé sa famille d’accueil avec un couteau. Maombi, marié et père de six enfants, raconte avoir alors « regretté d’héberger un enfant dont il ne connaissait pas les parents ». « C’est grâce à mon épouse que je me suis ressaisi pour le considérer comme mon propre garçon », ajoute-t-il.

Depuis le début de l’année, certains parents de Walikale ont pris l’habitude d’héberger des ex-enfants-soldats dans leurs maisons, appelées Familles d’accueil transitoires (Fat), sans bénéficier d’aucune aide pécuniaire. Désintéressés financièrement, ils ne tiennent pas non plus compte de l’origine ethnique de ces gamins, ni de l’identité de leurs parents.

« Agir avant qu’il ne soit trop tard »

Photo du film Johny Mad Dog sur les enfants soldats

A l’origine de la générosité de ces familles : la réinsertion sociale des ex-enfants-soldats lancée en 2004 dans le cadre d’un programme national. Graade, une ONG locale, a reçu un financement de l’ONG britannique Save The Children, pour cinq ans, afin d’exécuter un projet sur le terrain.

« Nous donnions 30 $ à chaque famille d’accueil pour la prise en charge d’un ex-enfant-soldat », déclare Zénon Kabaka, responsable de Graade. Depuis la fin du financement en décembre 2009 et le retrait de l’ONG britannique, Graade continue à côtoyer certains parents.

« Ceux qui l’ont déjà fait nous facilitent la tâche en acceptant volontiers de nouveaux cas », précise Kabaka, heureux de pouvoir compter aussi sur de « nouvelles familles d’accueil ».

Pour Maombi, qui est dans ce cas, « le mal est plus profond qu’on ne pense. Il faut donc agir maintenant avant qu’il ne soit trop tard ». Allusion aux événements de Ntoto (1993), en territoire de Walikale, lorsqu’en utilisant des enfants, les milices tribales opposées avaient incendié des maisons, des champs, des écoles, des centres de santé, des marchés, des églises et pillé du bétail lors d’une guerre ethnique. Le nombre de morts est à ce jour inconnu. Certaines sources avancent le chiffre de 14 000 , au niveau de la province.

La région n’est pas à l’abri de nouveaux conflits. Selon un colonel de renseignements basé dans les environs, « hormis les Fdlr (Forces démocratiques pour la libération du Rwanda, Ndlr), nous avons une dizaine de milices locales en territoire de Walikale. Seuls les chefs de guerre Kifuafua et Saddam, en phase de réintégrer l’armée nationale, démobilisent les enfants », ajoute-t-il. « Ne pas les héberger dans nos maisons, c’est encourager ceux qui les utilisent encore », assure Maombi.

« Elle restera ma fille jusqu’à la fin de sa vie »

Si un enfant-soldat qui est passé par un centre de transit et d’orientation avant de rejoindre sa famille biologique est le plus souvent animé d’un esprit communautaire, celui qui séjourne dans une famille d’accueil est plutôt nostalgique de sa vie dans ce nouveau foyer.

C’est le cas de Jeannette, 17 ans, fille d’un réfugié hutu rwandais, qui ne cesse de penser à ceux qui l’ont hébergée, même si elle est persuadée d’y être devenue « persona non grata ». « Papa ne veut plus me voir à la maison, car j’ai été engrossée par un voisin », regrette-t-elle.

Ce à quoi « son » père précise que cette « petite punition » prendra fin quand elle aura accouché. « C’est ma fille et elle le restera jusqu’à la fin de sa vie », ajoute-t-il.

Par Taylor Toeka

1 commentaire

  1. Je trouve cette initiative extrêment intéressante et une fois de plus c’est la société civile qui s’occupe d’elle même et de ses enfants .peut être que ce type d’expérience devrait être généralisée et prise en charge par l’Afrique elle même .C’est à nous de prendre en charge nos problèmes , d’avoir nos propres fondations ong et autres organisations .

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