Des sidéens épanouis et moins marginalisés qu’avant

À Kikwit dans le Bandundu, les sidéens ne vivent plus marginalisés comme il y a quelques années. Sur leur lieu de travail comme en famille, ils ne sont plus rejetés depuis qu’ils prennent des antirétroviraux et que des Ongs mènent campagne pour une meilleure compréhension de leur maladie.

(Syfia Grands Lacs/RD Congo)

“Ce sont des êtres humains comme tout le monde. Ils ont aussi droit à la vie et à la bonne santé.” Ces petites phrases simples mais très significatives sont celles du président de la société civile de Kikwit, Laurent Bwenia Muhenia. Depuis qu’il a organisé en 2008, une marche pacifique pour réclamer l’envoi d’anti-rétroviraux (ARV) dans cette ville de la province de Bandundu, à 500 km au sud-est de Kinshasa, les malades du sida s’en portent mieux. “Il y a des sidéens qui pesaient une trentaine de kilos. Après la prise des ARV, ils maintiennent leur poids à 50, 60, 70 voire 80 kg. Ils ne sont plus pointés du doigt”, raconte Modestine Kombe, assistante chargée de l’accompagnement psychosocial de ces malades à la Fondation Femme Plus.

Depuis 2009, cette Ong prend en charge et donne des anti-rétroviraux aux sidéens de Kikwit et de ses environs. Elle participe aussi, avec d’autres Ong du secteur de la santé, à diverses campagnes menées à travers les médias, des pièces de théâtre, des conférences et des affiches, pour faire changer le regard souvent méprisant des gens, envers les personnes atteintes du sida.

À l’aise dans leur entourage

Aujourd’hui, l’accès des malades aux ARV, couplé à cette campagne de sensibilisation, a porté ses premiers fruits. Les sidéens ne sont plus stigmatisés, marginalisés par la société comme auparavant. “Je suis à l’aise à mon travail. Personne ne s’inquiète de mon état sérologique comme avant”, témoigne Catherine Fumfubo, secrétaire comptable au Centre d’encadrement des jeunes de Kikwit. Trois personnes atteintes du VIH/sida travaillent dans cette petite Ong, sans la moindre discrimination.

Dans certains milieux de travail, les employeurs partagent des moments de convivialité avec des personnes qu’elles savent malades. À la Division provinciale de l’Enseignement primaire, secondaire et professionnel, l’unique personne atteinte par la maladie connue, est respectée par tous ses collègues de travail. “Il a l’air bien dans son assiette et personne ne peut imaginer qu’il est porteur du VIH/sida. Lors des manifestations, nous buvons ensemble”, affirme Faustin Madinga, chef de bureau à cette division.

Savoir braver la maladie

Ce changement d’attitude envers les sidéens est aussi parfois facilité par le comportement des malades eux-mêmes. Leur refus de vivre dans la clandestinité pousse en effet certains à briser le silence et à participer activement, à la campagne pour mettre un terme à leur marginalisation par la société. “Ils témoignent et expliquent comment ils ont attrapé le sida et la façon dont les ARV les protègent et leur redonne le souffle de vie”, explique Justine Kakesa, responsable de la Dynamique de la jeunesse congolaise, une Ong qui s’occupe entre autres de la lutte contre cette pandémie.

Si les ARV ne peuvent guérir du sida, l’accompagnement moral et psychologique dont les personnes atteintes peuvent bénéficier de la part de leur entourage aide à les garder encore longtemps en vie. “Chez nous, mes frères et mes parents ne rejettent pas. Au contraire, ils se démènent pour que je ne me fasse pas trop de souci”, confie Jean Mukalina, qui se dit réconforté par ce précieux soutien que sa famille lui apporte.

Par Badylon Kawanda

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