London River de Rachid Bouchareb

Dernier film où apparait Sotigui Kouyaté, acteur burkinabé mort en avril dernier, London River aborde la question du terrorisme avec beaucoup de talent. Le réalisateur Rachid Bouchareb s’éloigne du chemin de sa trilogie (Indigènes, Hors la loi) pour nous offrir une oeuvre à la fois intimiste et remplie de scènes cocasses.

London River, c’est avant tout un événement, les attentats de Londres en juillet 2005 qui font 56 morts et 700 blessés. Rachid Bouchareb a décidé d’inscrire tout simplement les scènes transmises par les médias lors de l’événement. Mais London River est surtout la rencontre entre deux personnes, deux cultures qui semblent complètement différentes. Elisabeth Sommers (Brenda Blethyn) vit sur l’île de Guernesey, Ousmane Ali est un Africain musulman, garde forestier en France.

N’ayant plus de nouvelle de sa fille, Elisabeth décide de se rendre à Londres. En arrivant dans cette ville cosmopolite, elle découvrira que sa fille entretenait une relation avec le fils d’Ousmane et apprenait l’arabe. Pour cette protestante, c’est bien sûr un choc. « Mais qui parle l’arabe » demandera-t-elle à la professeure d’arabe de sa fille. Elle accusera au début Ousmane. Elle n’est pas raciste mais un peu ignorante et souffre de la disparition de sa fille. Ce qui entraîne des scènes d’humour comme l’arrivée de Brenda au logement de sa fille. Il s’agit d’un quartier arabe. Marchant fébrilement vers l’entrée, elle saute de peur devant l’arrivée de l’épicier du coin campé par Roschdy Zem (Indigènes). En apprenant qu’il est aussi le propriétaire, elle souffle de soulagement.

Avec London River, Rachid Bouchareb parvient à parler de l’horreur du terrorisme sans en parler concrètement. C’est à travers la beauté de ses personnages et le talent de ses acteurs que l’humanité réapparaît. « Nos vies ne sont pas différentes » dira Brenda vers la fin du film.

Rachid Bouchareb s’éloigne aussi des préjugés envers la religion musulmane notamment dans une scène où Ousmane était interrogé par un policier. En lui demandant si il est musulman, le spectateur s’attend encore à nouveau à une scène d’interrogatoire serré à propos d’un possible acte de terrorisme. La réponse de l’enquêteur est très belle : « Moi aussi ».

Sotiguy Kouyaté a reçu en 2009 l’Ours d’argent du meilleur acteur pour sa prestation dans London River. Le film sort en salle aujourd’hui à Montréal.

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