Trésors afro: Entrevue avec Etienne Tron

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Etienne Tron pourrait être un organisateur de soirée noir qui promeut la musique ghetto. Objectivement, ce serait plutôt un DJ blanc aristocrate. Mais, la réalité n’est pas aussi simple.

Pour lui, chacun est plus qu’il ne paraît : plus mélangé, plus riche que les apparences. Il voit des trésors dans la musique afro et a participé à la création de la compilation The Sound of Club Secousse Vol.1, sortie chez Crammed discs en ce mois de novembre 2010.

Sur cette compilation, comme sur la radio secousse, disponible en ligne gratuitement et 24h/24, « le meilleur » de la musique en provenance de l’Angola, de la Côte d’Ivoire, du Cap Vert, du Congo,…

Mélange ghetto

Avec les soirées Secousse, le DJ et producteur de musique (Radioclit) et son acolyte Aurélien Laffont se sont donnés pour mission de rameuter des gens différents dans Paris, une ville où l’on se mélange de moins en moins.

Enfin, c’est ce qu’il paraîtrait. Car ce soir de novembre près de la place Pigalle, un public mixte qui vient d’écouter une fanfare tsigane se fait maintenant remuer par la musique de DJ Serpent Noir, le Prince des nuits coupé-décalé de Paris.

Dans les loges, Etienne raconte :

Etienne Tron

« Secousse est née d’une envie de rassembler les gens. Pas parce qu’on est des mecs charitables qui veulent sauver le monde. C’est un constat assez simple : les meilleures soirées, que ce soit dans une house party ou un club, c’est toujours les soirées mixtes.

Ce qui fait la meilleure ambiance de fête, ça a toujours été un mélange de publics. C’est ça qu’on essaie de faire. On n’a pas encore atteint notre objectif où l’on aurait un peu de tout le monde. On a encore du chemin à faire, mais c’est déjà pas mal.

J’ai passé huit ans à Londres et tous les Parisiens me disaient que c’était nul et qu’il ne fallait surtout pas que je revienne. Je voulais voir par moi-même. Maintenant je suis là, je pense que les Français se plaignent beaucoup et que la réalité est plus intéressante que ça. C’est vrai que ça ne se mélange pas trop. Ce qu’il y a c’est que partout en Europe, ce n’est pas mieux. À Londres, New York ou Tokyo c’est beaucoup plus multiculturel, mais quand tu sors de ces mégalopoles-là, c’est pareil partout. Les communautés afro restent entre-elles par exemple.

La vie est dure et il y a un repli des gens sur eux-mêmes, sur les gens qui leur ressemblent.

DJ Serpent Noir

J’ai déjà était avec Serpent Noir dans sa boîte et j’étais le seul blanc. J’ai été super bien accueilli. Serpent noir, c’est le boss des maquis [ndlr :clubs clandestins ivoiriens]. Les gens ne le savent pas encore mais c’est une star. Pour moi c’est une star ! Tous les jeudis, vendredis, samedis et dimanches soirs de minuit à 7 heures, c’est chez lui que ça se passe. Mais ce soir, il est ici.

Ma peur c’est que la France devienne comme l’Italie ou le Portugal, des pays qui ont un passé hyper riches, qui se reposent là-dessus. Au final, ils s’enfoncent dans la pauvreté et l’ignorance. On a l’impression que ça prend ce chemin ici et que dans dix ans Paris sera comme Rome et que Berlusconi sera le président.

Si on a booké une fanfare de gitans, c’est en réaction ce qui s’est passé cet été en France. Plein de gitans ont été expulsés. C’est bizarre, on est dans un drôle de climat en ce moment. Mais là où il y a de l’animosité qui se crée, il y a de la sympathie qui née en réponse. »

Pour aller plus loin :

– Le blogue de Dj Serpent noir, http://djserpentnoir.skyrock.com/

– Pour écouter radio Secousse et sa programmation afro et coupé-décalé : www.secousse.org

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