La publicité pour les guérisseurs divise en RD Congo

À Goma, à l’est de la RD Congo, des journalistes prêtent régulièrement leur voix pour des publicités vantant les mérites des guérisseurs traditionnels, une pratique contraire à la loi. L’Inspection provinciale de la Santé dénonce ; la Justice et l’Organe de régulation des médias font la sourde oreille.

(Syfia Grands Lacs/RD Congo)

« Il est impossible de compter le nombre de messages publicitaires de prétendus petits dieux qui soignent tout et qui, à longueur de journée, passent sur les ondes des radios! », déplore Dominique Baabo, médecin inspecteur du Nord-Kivu, qui regrette que la presse, dont le rôle est d’informer et de former, se laisse aller à de telles pratiques. Un avis partagé par Gabriel Lukeka Bin Miya, directeur provincial de la Radio Télévision nationale congolaise et président de la section locale de l’Union nationale de la presse au Congo.

« Un journaliste qui présente un journal ne peut pas prêter sa voix pour une publicité commerciale, c’est contraire à la déontologie », souligne-t-il. Même si, souligne-t-il, la médecine moderne reconnaît de plus en plus l’apport des pratiques thérapeutiques traditionnelles et qu’il est difficile de faire la part des choses. « L’inspecteur provincial de la santé n’a pas tort, mais il lui revient de nous informer sur ce qu’il faut faire ou pas. Il nous arrive de prendre nos responsabilités et d’exclure de nos antennes certaines annonces quand il est clair pour nous qu’elles sont contraires à la pratique médicale », précise-t-il.

Publicités interdites par la loi

Pour le médecin inspecteur du Nord-Kivu, la loi est pourtant claire et compréhensible par tout le monde. « L’ordonnance loi n°70/58 du 30 avril 1970 portant sur la déontologie médicale stipule que l’exercice de la médecine ne doit, en aucun cas ni d’aucune façon, être pratiquée comme un commerce.

Est spécialement interdit tout le procédé de réclame commerciale et de publicité personnelle ou avantageant un tiers, notamment les annonces par la presse ou la radio ou par tout autre moyen de diffusion », rappelle-t-il avant d’ajouter qu’il est strictement défendu d’insérer des annonces professionnelles dans les journaux ou publications non médicales. Selon lui, il est également défendu d’utiliser des prospectus, des tracts et autres moyens de publicité. « Seule est tolérée, l’annonce discrète de l’ouverture ou de la fermeture momentanée d’un cabinet médical », rappelle encore Dominique Baabo.

Pour se justifier, certains journalistes précisent que, dans les médias, la publicité ne dépend pas de la rédaction, mais des responsables commerciaux qui vendent les espaces publicitaires. « La publicité en soi n’est pas interdite dans la presse ou à la radio ; c’est même ce qui permet de faire face à toutes les charges, notamment la maintenance des installations et les salaires du personnel », explique sous anonymat le directeur commercial d’une radio.

Problème de responsabilité

Le cri d’alarme de l’autorité sanitaire de Goma n’ayant pas eu d’effet, face à cette violation constante de la loi, il est envisagé de passer à l’étape suivante, la Justice. « Après le rappel à l’ordre qui n’a pas eu d’écho, ce sera le dépôt d’une plainte devant la Justice. C’est une question de responsabilité face aux pratiques dangereuses des charlatans », annonce le médecin inspecteur qui insiste sur l’importance pour les journalistes, de respecter l’éthique et la déontologie de leur métier.

Certains guérisseurs et thérapeutes traditionnels ne se sentent pas concernés par cette polémique. « Notre mission est de soigner les populations. L’unique moyen pour nos malades de savoir ce que nous faisons et où ils peuvent nous rencontrer, c’est à travers la radio et les affiches. Je ne me sens, ni de près, ni de loin, concerné par cette loi. Pourquoi l’Inspection provinciale parle-t-elle de concurrence déloyale? », s’interroge un praticien traditionnel qui a requis l’anonymat.

« La loi est dure mais elle l’est pour tout le monde. Le ministère de la Santé a reconnu et intégré la médecine traditionnelle dans le système sanitaire. Les mesures concernent donc tout le monde dans la médecine, sans exception », réplique Dominique Baabo.

Par Alain Wandimoyi

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