Ishumar 2 : Nouvelles guitares touarègues

Trois ans après la sortie de la compilation Ishumar, les rockers touaregs sont de retour sur Ishumar 2. Le premier volet avait présenté des artistes internationalement établis ou sur la pente ascendante. Ce second épisode met en revanche l’accent sur une parcelle de la musique touarègue jusqu’à ce jour encore ignorée.

Les ishumars font parler d’eux depuis maintenant plus de trente ans. Apparus en pleine crise sociale au Sahara, symboles d’un monde nouveau où la vie traditionnelle nomade n’est plus forcément aussi accessible, ils sont les nouveaux Touaregs. Semi-urbains, raillés et péjorativement surnommés « ishumars », du français « chômeurs », ils s’accaparent finalement ce nom qui devient le porte drapeau d’un mouvement musical, dont la guitare constitue l’outil d’expression.

Tinariwen est longtemps resté comme l’unique représentant de cette musique, mais elle s’est depuis développée et a entrainé dans son élan nombre de nouveaux artistes. La compilation Ishumar 2 illustre ainsi cette dynamique. Exit les groupes historiques Tinariwen ou Terakaft, et place aux jeunes talents.

Ibrahim Djo Experience lance la charge avec Anchar. Si le riff de guitare reste dans la tradition rock saharien, il est agrémenté d’une touche de batterie, un instrument encore peu exploité dans le style touareg. Ceci rajoute une dimension un peu plus puissante, et est en quelque sorte révélateur de l’orientation artistique de cette compilation. La nouvelle vague d’ishumars veut en effet pousser leur musique encore plus loin, et cela passe par l’adoption de nouveaux éléments, même si la guitare reste bien sûr l’outil de base.

Des genres autant variés que complémentaires se font aussi leur place. Amanar enflamme l’ambiance avec une touche de rap (Aghafiat), tandis que Kel Assouf  calme le jeu sur Imidiwane, un titre où une flute apaisante se trouve bercée par un léger rythme à la calebasse. Atri n’Assouf, en duo avec la chanteuse Disco du groupe Tartit, fait également part de tout son talent sur une ode profonde à l’unité du peuple touareg (Aitma). Mais la musique ishumar, c’est aussi le blues.  Celui ci s’invite ici en la personne de Nabil Othmani. Le jeune Algérien offre un très bel exercice de style adapté à la sauce touarègue, sur Edjmayegh s’emeli, une chanson phare de l’album.

Si l’ombre de Tinariwen pèse sur une bonne partie des douze titres, un désir de s’affirmer est lui aussi présent. « Le rapport des jeunes artistes avec Tinariwen est assez ambivalent », précise Sedryk, producteur du projet. « D’un coté, il y a un respect énorme mais aussi une volonté de prouver qu’ils ont leur style à eux ».

Le label Reaktion nous a habitué ces dernières années à de surprenantes découvertes en provenance du Sahara. Ishumar 2 demeure sans nul doute dans la lignée de ce travail. Ces nouvelles guitares touarègues démontrent tout leur potentiel. Elles doivent maintenant continuer sur leur propre voie et se démarquer de la grande influence de leurs créateurs.

Nicolas Roux

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