Burundi : pour être riche, cessez de battre votre femme !

Dans une commune de la province de Bujumbura, au Burundi, des hommes qui ont arrêté de maltraiter leurs femmes sont devenus prospères. Grâce à la gestion des revenus en couple, ils font des économies et toute leur famille se porte mieux.

(Syfia/PMB)

“Je n’avais même pas un banc pour asseoir les visiteurs dans ma maison, mais depuis que j’ai arrêté de maltraiter ma femme, j’ai pu avoir un salon qu’il m’avait été impossible de me procurer jusque-là”, se félicite Daniel Niyongere, de la commune Bugarama de la province de Bujumbura, la capitale burundaise. Des hommes qui, comme lui, ont cessé de battre leurs épouses vivent, ainsi que leur famille, beaucoup mieux qu’auparavant.

Daniel, qui a changé de comportement, il y a trois ans, a déjà acheté deux téléphones – un pour lui et un autre pour sa femme –, un vélo, un salon, le tout équivalent à plus de 2 millions de Fbu (plus de 1 600 $). Pourtant, poursuit-il, depuis une dizaine d’années qu’il malmenait sa femme, il n’avait rien.

Désormais aussi ils mangent bien et leurs enfants qui auparavant étaient toujours sales et mal habillés ne le sont plus. Cet argent est le fruit des économies réalisées grâce à l’entente qui règne au sein du couple.

Ce pêcheur explique que ses revenus et ceux de sa femme qui fait le petit commerce des fruits sont bien cogérés. Dorénavant, quand ils reçoivent de l’argent, ils discutent ensemble de ce qu’ils vont en faire.

Samuel, lui, se battait toujours avec sa femme, l’épouse de son frère décédé, et gaspillait tous leurs revenus. Depuis qu’il a arrêté de la maltraiter, il a déjà acheté trois parcelles pour 1,5 million de Fbu.

Changer les mentalités

Quant à Boniface Misigaro, qui a agi de même, il a regagné la confiance de son entourage, ce qui lui a permis d’être élu conseiller collinaire. “Je me sentais bizarre quand je battais encore ma femme” reconnait-il. Il la maltraitait, l’obligeait à avoir des rapports sexuels même quand elle ne voulait pas et ne l’aidait pas dans les activités domestiques. Son épouse ne savait rien des revenus de son mari qui lui volait, en plus, sa part de la récolte, ce qui ruinait la famille davantage.

De nombreux hommes et jeunes garçons laissent les femmes travailler seules et se contentent de donner des ordres ou de contrôler ce qu’elles font. Ainsi, pour Emmanuel Ndayiragije, un jeune pêcheur célibataire de 20 ans, il est hors de question d’aider son épouse dans des travaux ménagers même si elle tombe malade. Pour lui, il y a des tâches propres aux hommes et aux femmes comme la vaisselle et la cuisine. Pour Ciza, coiffeur au centre de pêche de Magara, la femme n’a pas le droit de refuser les relations sexuelles avec son mari à chaque fois qu’il le demande. Des préjugés que les hommes qui ont changé de comportement voudraient bien voir disparaître.

Des hommes donnent l’exemple

Ces hommes se sont ainsi organisés en association “Les Batangamuco (Les donneurs de lumière)” pour sensibiliser ceux qui maltraitent encore leurs femmes et les inciter à renoncer à ces mauvaises pratiques. Ils vont dans les ménages, deux fois par semaine, en donnant des conseils qui s’inscrivent dans le cadre de la bonne collaboration entre conjoints, tout en leur faisant part des bénéfices qu’ils ont eux-mêmes retirés de leur changement.

En outre, ils organisent des sketches véhiculant des messages adaptés aux problèmes rencontrés par les habitants de telle ou telle autre localité. Ces hommes qui ont pris conscience à la suite du projet Men Engaged (Hommes engagés) de Care International ont déjà fait évoluer d’autres couples qui ont ensuite intégré l’association des Batangamuco qui compte aujourd’hui 36 membres contre six il y a trois ans.

Depuis environ cinq mois, à Bujumbura, des hommes se sont aussi regroupés dans une association dénommée Coalition des hommes qui luttent contre les violences faites aux femmes. Joseph Mujiji, son représentant légal, résume ce qui les a décidés à créer cette coalition : “Ce qui fait mal à sa sœur, sa mère ou sa femme touche l’homme, d’une manière ou d’une autre “

Par F. Nicimpaye, E. Ntirumera, H. Ntibandetse, F. Nsabimana, E. Bantegeyaha

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