Rwanda: Quitter la Libye à tout prix

Une vingtaine de Rwandais qui vivaient en Libye sont rentrés au pays mi-mars, non sans difficultés. Étudiants pour la plupart, ils craignaient, comme la plupart des Africains, les représailles des insurgés qui veulent le départ de Kaddhafi. Témoignages.

(Syfia Grands Lacs/Rwanda)

« Beaucoup d’étrangers se sont réfugiés à l’aéroport de Tripoli en espérant une évacuation par leurs États, mais certains d’entre eux meurent de faim et de soif en attendant ce secours’’, témoigne Issa Ntakirutimana. Tout juste de retour de Lybie, ce représentant des Rwandais vivant dans ce pays y étudiait à la faculté de l’appel islamique…

Depuis un mois que les Libyens, surtout de l’est du pays, ont commencé à vouloir renverser le régime de Kaddhafi, les Africains sont mal vus des manifestants. Le colonel Kaddhafi a, en effet, embauché des mercenaires africains pour les combattre. Les Africains qui vivent dans le pays ont depuis lors été pourchassés, certains même tués par les rebelles. Tous ont essayé de quitter la Libye.

Une semaine sans manger

Seuls 29 Rwandais sont enregistrés dans ce pays. La plupart d’entre eux sont des étudiants et deux familles de 10 personnes travaillent à Tripoli. Jusqu’à présent, ils n’avaient pas de problèmes et s’intégraient dans la communauté : « À l’école on est accepté et, jusqu’à notre départ, notre sécurité était assurée par l’État Lybien », reconnaît Issa.

Lorsqu’il a fallu rentrer au Rwanda, faute d’ambassade à Tripoli, les Rwandais sont passés par le représentant des musulmans au Rwanda qui, à son tour, les a connectés au ministre des Affaires étrangères, Louise Mushikiwabo. « On lui parlait chaque jour et elle nous assurait qu’on allait être évacués. Finalement, elle nous a annoncé qu’on partirait avec les Turcs »’ confie Abdul Madjid, un autre étudiant rwandais qui vivait en Libye.

Cette bonne nouvelle a réjoui les Rwandais, mais ils devaient assurer leur transport depuis l’université jusqu’à l’aéroport. Issa confie : « c’était difficile de trouver un taxi, nous avons payé 40 dinars soit environ 30$ au lieu de 10$ pour une course vers l’aéroport’’. Les rares taximen qui circulaient en ville avaient triplé les prix.

Les deux jours passés à l’aéroport ont été les plus difficiles. D’abord, ils ont eu des difficultés à retrouver les Turcs qui devaient les aider à y entrer. Dans un premier temps, ceux-ci ont refusé de les aider. « Nous avons dû appeler en Turquie pour demander à la personne en contact avec l’État rwandais d’informer leurs compatriotes de ne pas nous laisser’’. Les Turcs ont alors accepté que les Rwandais voyagent avec eux. Issa souligne que, sans eux, ils n’auraient eu aucun moyen de pénétrer dans l’aéroport.

Cependant, une fois à l’intérieur, la vie n’a pas été facile. « J’ai vu des femmes et des enfants affamés qui venaient de passer une semaine sans manger, et ce n’était pas facile de faire marche arrière une fois à l’intérieur ». Des milliers de personnes attendaient à l’aéroport un secours et tous les avions n’étaient pas autorisés à atterrir à Tripoli pour des raisons de sécurité. Peu de gens arrivaient à partir.

Kaddhafi apprécié à Kigali

La Libye et le Rwanda sont en bons termes depuis plus de 25 ans. La Libye a d’ailleurs un consulat à Kigali. Ce pays a construit de nombreuses infrastructures dans la capitale. Ally Sélémani est né dans le quartier populaire de Nyamirambo, en majorité habité par des musulmans.

Selon lui, « la route reliant Nyamirambo au centre commercial de Nyabugogo à la sortie de la ville vers le sud, a été construite avec l’appui de Kaddhafi et elle porte son nom ».

La Libye a aussi construit une école secondaire islamique en 1985 qui est gratuite et ouverte aux élèves venant d’autres religions. « Sans Kaddhafi, je serais incapable d’étudier car j’étais pauvre.

Ce qui lui arrive me fait mal », confie un homme d’une quarantaine d’années, ancien élève de cette école. Dans le même secteur, le colonel a aussi construit une mosquée portant son nom. Autant de bâtiments qui font de lui un héros pour les habitants du quartier.

Par Solange Ayanone

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