Kar Kar est de retour

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Mali Denhou est le huitième album du bluesman malien Boubacar Traoré. Après cinq ans de silence cet album ressemble aux précédents, il présente peu de surprises. La musique de Kar Kar y est égale à elle-même.

Ce recueil de ballades coule paisiblement comme le fleuve Sénégal, cours d’eau qui traverse Kayes sa ville d’origine. « Mes chansons parlent d’amour et de tristesse »­ a-t-il déjà dit à plusieurs reprises, comme dans les blues du fleuve Mississippi. Voilà la marque de fabrique de Boubacar Traoré, un son où se rencontrent musique malienne et blues américain.

Mali Denhou respire une discrète mélancolie, mais jamais totalement désespérée. Quelques tirades enthousiastes viennent briser une langueur manifeste. Kar Kar est retranchée depuis plusieurs années dans ses cultures en marge de Bamako. En aucun cas une retraite débonnaire, outre les céréales, il y cultive, semble-t-il, le deuil suite à la disparition de Pierrette, l’amour de sa vie. C’était en 1989.

Depuis qu’il a démarré la tournée qui accompagne la sortie de  Mali Denhou , il ne cesse de répéter que la paix est désormais la chose la plus importante pour lui. Rien d’étonnant au regard d’une carrière qui a connu son lot de joies et de désillusions.

Jeune footballeur talentueux (Kar Kar signifie « le dribbleur »), il doit tout arrêter à cause d’une blessure. Après un incontestable succès musical durant les années 60, il tombe dans l’oubli pendant près de 30 ans. Depuis les années 90, il est célèbre dans son pays, mais aussi en Europe où il se produit notamment dans les grands festivals.

Mine de rien, le musicien sexagénaire atteint le sommet de son art. Il nous plonge sereinement et avec aisance dans son univers.  La douceur de sa voix s’accorde parfaitement à un jeu de guitare tout en arpèges, inspiré de la kora. Comme on a pu le dire du regretté John Lee Hooker, le chant et l’instrument ne font plus qu’un. Pour le meilleur et pour le blues.

Soulignons la solide performance de l’harmoniciste Vincent Bucher. Les nappes de notes virevoltantes et inspirées qu’il distille sur la plupart des chansons ajoutent une touche virtuose, tout en donnant une densité aux compositions. L’ensemble est mis en valeur par des percussions mandingues aussi discrètes qu’efficaces.

Au final, un opus complet et séduisant, les amateurs de la musique de Boubacar Traoré ne devraient pas être déçus, ceux qui le découvrent en redemanderont.

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