Burundi : à l’école, la gratuité profite surtout aux élèves riches

Dans les classes aux effectifs pléthoriques, depuis l’instauration de la gratuité, les élèves des écoles primaires du Burundi ont bien du mal à comprendre ce qu’on leur enseigne. En ville, les parents nantis payent des cours du soir à leurs enfants pour compenser, mais les campagnards pauvres qui n’y ont pas accès ont un niveau beaucoup plus bas.

(Syfia Grands Lacs/Burundi)

“Durant les quatre ans où j’ai surveillé le concours national dans différentes circonscriptions scolaires, j’ai remarqué, en jetant un coup d’œil sur les copies, que les enfants des campagnes ont moins bien assimilé les cours que ceux des villes”, a constaté Jean-Claude, un enseignant du secondaire à Ngozi, au nord du Burundi.

En 2010, au classement des écoles de la province au concours national, l’école primaire Ngozi2 s’est classée première avec plus de 50 % de réussite et l’école primaire Bweranka, située très loin dans la campagne, est arrivée dernière avec 10,2 %. De même, au test communal d’évaluation, la direction de Kanyami en ville est première avec 69,5 % alors que celle de Mbaba située loin dans les collines est dernière avec 41,9 %. Cette disparité s’accroît car, dans les villes, les parents compensent la formation insuffisante reçue à l’école par des cours du soir, ce qui n’est pas possible dans les campagnes.

Depuis près de six ans, l’enseignement primaire est gratuit. Mais, selon des parlementaires, cette gratuité n’a pas été bien préparée, car les budgets sont insuffisants. Tantôt ce sont les enseignants, tantôt ce sont les salles de classe et les documents pédagogiques qui manquent…

Malgré la gratuité, les enfants n’ont donc pas tous les mêmes chances de réussir à l’école. En effet, les effectifs des classes ont beaucoup augmenté et les enseignants ont bien du mal à gérer parfois près de 100 élèves. “Je remarque difficilement les absents, car les élèves sont très nombreux”, constate un enseignant.

Les maîtres ne peuvent pas s’occuper de chacun individuellement et beaucoup d’enfants rentrent chez eux sans avoir compris ce qu’on leur a enseigné. Tout particulièrement les petits campagnards, dont les parents sont pauvres et peu ou pas instruits. Les citadins dont les parents sont plus nantis et instruits peuvent eux compléter l’enseignement insuffisant reçu en classe.

Plus cher qu’avant la gratuité

Ainsi, à Ngozi, presque tous les 50 mètres, on trouve une classe privée où on enseigne après l’école. Ayant remarqué que leurs enfants apprennent peu dans la journée, la plupart des parents leur payent des cours du soir pour relever leur niveau. “Mon enfant était complètement perdu. Chaque fois que je le questionnais à propos de ce qu’il avait étudié à l’école, il ne me répondait pas, même à mes questions les plus simples”, s’étonnait Pierre, un parent. Avec le cours du soir, son enfant a progressé. Il a 55 % au second trimestre contre 45 % au premier, avant d’avoir commencé ces cours. Les parents doivent ainsi se serrer la ceinture pour faire étudier leurs enfants.

“La gratuité n’est qu’une illusion. Peut-être des parents qui veulent juste que leurs gosses soient alphabétisés en profitent, mais sans chercher à aller plus loin”, regrettent des parents après la proclamation des résultats de leurs enfants. En réalité, bien que les enfants soient supposés étudier sans payer, les parents qui veulent qu’ils soient bien formés payent plus cher qu’avant la gratuité.

Les cours du soir coûtent 10 000 Fbu (10 $) par mois et par enfant, soit 90 $ /an alors qu’avant, il fallait seulement débourser 1 500 Fbu (1,5 $) pour que son enfant soit bien formé. Pour ne pas avoir à payer ces sommes, il faut être de connivence avec un enseignant et lui demander de suivre de près son enfant.

Bien que les enseignants soient très fatigués par les nombreux élèves qu’ils doivent suivre à l’école, les cours du soir sont ainsi devenus une ressource importante pour compléter leurs salaires minimes. L’un d’eux témoigne qu’en plus de son salaire de 91 $ par mois, il gagne plus de 100 $ à enseigner à plus de dix enfants après l’école dans une salle qu’il loue au quartier.

Par Eric Nshemerimana

 

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