Burundi : veuves, séropositives, spoliées et rejetées

Après la mort de leurs maris, les veuves séropositives ont la vie dure dans les collines burundaises. Croyant que leurs jours sont comptés à cause du virus qui les ronge, leurs belles-familles s’emparent souvent de leurs biens. Heureusement, certaines se montrent plus compatissantes et les aident à vivre.

(Syfia/PMB)

« Mon mari est mort du sida il y a déjà quelques mois. Pour moi, rien n’est plus comme avant, car je suis constamment persécutée par ma belle-famille. On m’empêche de cultiver la propriété familiale ; on m’a volé tous mes ustensiles de cuisine. Ils font ça pour m’acculer à retourner chez moi et à tout leur laisser », confiait, en mai dernier, S. Niyonkuru de la colline Munanira, au centre-ouest du Burundi.

Comme son mari était affilié à l’Institut National de la Sécurité Sociale, elle vivait de la rente de survie que lui verse chaque trimestre cet organisme. Mais ses beaux-frères viennent de la priver de l’unique ressource qui lui restait. Isolée,malade et affectée par ce harcèlement, elle ne sait plus à quel saint se vouer.

Malheureusement, de nombreuses autres veuves séropositives de cette province partagent cette infortune. Du jour au lendemain, elles se sont vues rejetées par leurs proches. Même celles qui ont mis au monde de nombreux enfants ne sont pas à l’abri. En dépit de ses six enfants, Imelde Niyonzima, par exemple, a été contrainte par ses beaux-frères à quitter la maison familiale.

Elle n’exploite plus à présent qu’une infime parcelle que ses parents ont mise à sa disposition dans sa commune natale. Dans tous les cas, fait remarquer Godeberthe Hurege, médiatrice de santé à l’hôpital de Kibumbu, en province Mwaro, les auteurs de ces maltraitances misent sur la récupération des biens de ces veuves dont les jours, croient-ils, sont comptés.

Discrimination injustifiée

Les associations de personnes vivant avec le VIH/sida et d’autres associations de la société civile unissent leurs efforts pour faire comprendre qu’une personne séropositive n’est pas vouée à une mort immédiate et qu’il faut que ces harcèlements cessent. « Même séropositive, toute personne a droit au respect de sa personne et de ses biens, explique Abel Nahayo, avocat.

Et d’ailleurs, on constate que les personnes vivant avec le sida vivent encore longtemps après avoir déclaré leur maladie pour être prises en charge médicalement et qu’elles sont toujours utiles à la société. » Comme le prouvent certaines veuves atteintes du sida de longue date qui, soutenues par leurs proches, ont pu élever leurs enfants tout à fait normalement. « Cela fait près de dix ans que mon mari est mort du sida, mais cela n’a pas affecté outre mesure ma situation, car ma belle-famille m’a encouragée et bien assistée ; mes enfants ont malgré tout pu poursuivre une scolarité normale », témoigne l’une d’elles.

Aidées et médicalement prises en charge, les veuves séropositives vivent sans doute de plus en plus longtemps. Et leurs enfants, contrairement aux idées reçues, ne sont pas toujours séropositifs, car aujourd’hui le suivi médical des femmes enceintes et séropositives permet d’éviter la transmission du virus à l’enfant.

Par E. Ntirumera

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