Au Congo, certains habitants défendent les arbres de leur ville

Dans la verdoyante ville de Bandundu, au nord-est de Kinshasa, les habitants ont réussi à faire reculer leur maire qui voulait couper les arbres bordant les grandes avenues, pour les embellir. Une opération précédente avait mis à nue certaines habitations, qui avaient perdu leurs toitures emportées par des vents violents lors de fortes pluies…

« La ville est trop cachée sous ces vieux arbres qui datent de l’époque coloniale. Ils constituent un encombrement pour l’éclairage public ! » Voilà la raison qui a poussé en mai dernier Catherine Lusamba Bompongo, la maire de Bandundu, au nord-est de Kinshasa, de prendre la décision de faire couper les arbres plantés le long des principales artères du chef-lieu de la province du même nom. L’opération avait commencé ce même mois, sur l’avenue de la mission qui va de sa résidence officielle au centre-ville et débouche sur Wamba, la grande avenue commerçante qui mène à la cité ambiante.

Dès le lendemain, la société civile locale a haussé le ton. « L’opération ne se poursuivra pas. Il faut une politique de reboisement si l’on veut éliminer ces arbres qui sont aussi des coupe-vent », explique Rodolphe N’Sutier Mansia, coordonnateur provincial de cette plate-forme.

Activiste de la société civile et météorologue, Clément Tayeye Taclé va plus loin. « Ces arbres sont très importants pour notre survie et pour celle de nos maisons », argumente-t-il. La population locale a suivi ce mot d’ordre et n’a abattu aucun arbre sur ses rues et parcelles, comme le souhaitait la maire.

Mauvais souvenirs

Dans cette ville de 150 000 âmes, les habitants n’ont en effet pas oublié une opération semblable, qui avait dans le passé causé de gros dégâts. Dans les années 90, les autorités de l’époque avaient décidé, pour les mêmes raisons, d’abattre les arbres le long de l’avenue Kwango qui mène au marché central de Bandundu. « A la première tombée des pluies, de nombreuses maisons avaient perdu leurs toitures, emportées par le vent », raconte Alexandre Lewaba, témoin de ce drame. Les victimes de la catastrophe avaient été abandonnées à leur triste sort, sans la moindre assistance humanitaire, dit-il.

A Bandundu, bon nombre d’habitations de la cité populaire sont construites en briques adobes. Dans la partie administrative de la ville, les charpentes en bois des maisons en dur qui datent de l’époque coloniale, ont fini par prendre de l’âge. Les arbres sont donc des précieux brise-vent et les protègent lors des fortes pluies. En plus, « ils purifient l’air », ajoute Clément Tayeye.

Durant la saison des pluies, il fait par ailleurs de plus en plus chaud dans la ville. Pour Rodolphe N’Sutier, la coupe d’arbres sans une politique conséquente de reboisement risque d’exposer davantage la ville au réchauffement climatique. « En mars, la météo avait enregistré une forte hausse des températures, avec un pic à 37°, ce qu’on n’avait jamais connu auparavant », fait-il observer.

Protéger les arbres pour le bien de tous

Les arbres, dont un grand nombre de manguiers, font aussi vivre les habitants. Ces derniers vendent les mangues à 100 ou 200 Fc pièce. Certains en font de la confiture, d’autres du vin après fermentation. Lorsque la maire a instruit le service urbain de la voirie d’élaguer leurs branches, c’était, entre autres, pour empêcher les mangues de tomber et de traîner sur la voie publique. Une opération qui constituerait une perte économique pour une partie de la population. « Tout le monde est friand de ces fruits qui nous permettent aussi de couvrir certains de nos besoins », avait commenté Anicet Biwata, un habitant, lors d’un débat organisé à ce sujet par la société civile.

Pour l’heure, la population de Bandundu satisfaite de l’attitude de leur maire, attend qu’elle applique une bonne politique de protection de son environnement. Elle souhaite aussi voir l’autorité améliorer l’éclairage public. Mais, d’ici là, les arbres le long des avenues qui donnent de l’ombre et qui ont atteint eux aussi un certain âge, ont encore de beaux jours devant eux…

Par Désiré Tankuy

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