Monsieur Lazhar : À l’école de l’autre

Bashir Lazhar, devenu Monsieur Lazhar pour des besoins d’adaptation raconte l’école, l’immigration et la rencontre de quelques univers à la fois. Après bientôt un an, ce film prend enfin l’affiche le 28 octobre prochain, après avoir été recemment présenté au Festival du Nouveau cinéma de Montréal. Le film représentera également le Canada à la course aux Oscars.

Le film de Philippe Falardeau, tiré d’une pièce de théâtre d’Evelyne de la Chenelière, narre l’histoire d’une petite école montréalaise qui perd une de ses maîtresses.

Bashir Lazhar, qui a lu l’histoire dans le journal, se présente spontanément à la directrice pour devenir le remplaçant de celle-ci. Mais Bashir a lui aussi un secret qui se dévoilera progressivement au fil du récit.

Des films se tenant dans des salles de classe, il y en a eu beaucoup ces dernières années : Entre les murs de Laurent Cantet, La journée de la jupe avec Isabelle Adjani et au Québec La classe de madame Lise et Les porteurs d’espoir de Fernand Dansereau  pour ne nommer qu’eux.

Ils ont tous le même point focal : l’enfance, l’adolescence, et le système d’éducation qui les dirige. Une réflexion qui traduit un besoin de retourner vers ceux qui fabriqueront demain, en questionnant le leg qui leur sera laissé à l’intérieur de ces institutions.

Monsieur Lahzar est un film qui ne se situe pas dans un univers ghettoïsé, contrairement à d’autres films campant leur action dans les écoles. Les élèves sont des normaux, de familles moyennes leur offrant une éducation dans la moyenne.

C’est d’ailleurs l’un des points agréables du film, il n’y a pas de pathos ni de donneur de leçon. Le réalisateur évite avec finesse la morale bon marché et la critique facile d’un système déjà imparfait.

La relation entre M. Lazhar et ses élèves est dialogique. Il a autant besoin d’eux, ce que l’action révélera, que ceux-ci l’adoptent.

Au fil du récit s’installe une critique subtile de l’administration, qui déshumanise le rapport humain, mais également une critique morale, notamment de la mort.

Le jeu du comédien Fellag, qui interprète l’ancien « instituteur », est juste, attachant et immense dans ce film. Il est la colonne vertébrale du récit sur lequel s’appuient toutes les réflexions et action subséquente des personnages.

La relation entre lui et les élèves crée une distance et un flot de réflexions très fortes. Cet étranger arrive avec un bagage autre, son sens de l’éducation est différent, quelques scènes illustrent très bien ce propos (la dictée balzacienne…)

Monsieur Lahzar n’est pas tant un film sur l’éducation qu’une histoire racontant la rencontre de l’autre. Le film de P. Falardeau invite la société d’aujourd’hui à se désenclaver et insiste sur la force de Montréal, la pluralité. Et ça fait énormément de bien de revoir le cinéaste traiter de politique et de société.

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