Nord-Kivu : les légumes, c’est la santé !

Traditionnellement friands de viande, les habitants de Butembo, au nord de Goma, se mettent à consommer de plus en plus de légumes. Grâce aux voyages à l’étranger et aux conseils de diététiciens, ils savent désormais que ces aliments les aident à réguler leur poids et les protègent de certaines maladies…

(Syfia Grands Lacs/RD Congo)

Dans le restaurant Nouvelle Génération, au centre-ville de Butembo, les repas servis aux clients sont désormais toujours accompagnés de légumes. Choux, amarantes, épinards, feuilles de manioc, petits pois verts, taros… cultivés sur les terres fertiles de la région, sont au menu. Jean-Baptiste Kambale, serveur, affirme que ce sont les clients eux-mêmes qui en ont fait une exigence. « Nous avons accédé à leur demande », dit-il. L’habitude s’est répandue dans presque tous les restaurants de cette ville de 800 000 habitants, située au nord de Goma (chef-lieu du Nord-Kivu, est de la RDC).

Dans un passé encore récent, consommer des légumes était pourtant considéré comme un signe de pauvreté, surtout dans les foyers. Seuls les haricots faisaient partie des habitudes alimentaires. Manger de la viande, par contre, était un signe de richesse à Butembo, ville de grands commerçants nande (90 % des habitants).

Dans le temps, « des femmes rentraient du marché avec des seaux remplis de viande pour prouver aux voisins qu’elles étaient épouses d’hommes riches », témoigne Kambale Mustari, qui milite dans les médias pour un changement des mentalités.

Quand une famille recevait un visiteur, le premier et le deuxième jour, on lui servait d’abord de la viande en grande quantité. Et le jour de son départ, il devait aussi en emporter, pour « qu’on comprenne chez lui qu’il avait été reçu avec honneur. »

L’appétit vient en mangeant… les légumes

Aujourd’hui, ces vieilles habitudes commencent à reculer. Les légumes rentrent petit à petit dans les mœurs culinaires. Dans les parcelles d’habitation, en plus des animaux de la basse-cour qu’elles ont coutume d’élever, des familles cultivent de petits jardins potagers pour s’assurer une alimentation plus équilibrée.

« Ce n’est pas que nous soyons pauvres, mais nous sommes convaincus que c’est plus nutritif et bon pour la santé », déclare Kasereka Muhati, un déclarant en douane qui a pignon sur rue à Butembo.

Diététicien et coordonnateur du Centre d’assistance aux diabétiques et obèses, Georges Musavuli se réjouit de cette évolution. « Je m’inquiétais, dit-il, de voir les gens raffoler de la viande et la préférer à chaque fois à la pâte de manioc. »

Selon Jean-Paul Kombi, nutritionniste et maître-cuisinier, les échanges avec l’extérieur et la construction de nombreux hôtels sont à l’origine du changement des habitudes alimentaires à Butembo. « Dans tous les hôtels du monde, les légumes font partie du menu », dit-il.

La ville a en effet connu une rapide expansion ces dernières années, grâce surtout au dynamisme économique de ses commerçants qui effectuent régulièrement des voyages à l’étranger, notamment vers Dubaï, l’Inde ou la Chine. « Il est vrai que manger de la viande est aussi nutritif. Mais même les médecins prescrivent souvent plus de légumes et de céréales que de viande », fait remarquer Jean-Paul.

Cette prise de conscience des habitants est d’autant plus significative que les régimes alimentaires trop riches en graisse sont souvent cause de maladies, notamment cardio-vasculaires. Des organisations locales comme celle qui lutte contre le diabète et l’obésité, mènent ainsi campagne pour alerter les gens sur ce qu’ils consomment. « Les légumes verts ont de grands atouts. Grâce à tous les éléments nutritifs qu’ils contiennent, ils protègent le cœur, améliorent la vue et la mémoire et préviennent l’obésité », ne cesse d’expliquer le diététicien Georges Musavuli.

Par Kennedy Wema

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