Bombino et Tamikrest : la coalition d’un soir

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Deux pointures du rock touareg en un soir. Voilà l’affiche que Tamikrest et Bombino se partageaient au beau milieu Paris, dans une salle tout acquise à leur cause, le 15 novembre dernier. Petit voyage en plein cœur d’une oasis de musique ishumar.

PARIS

La dernière fois que nous avions rencontré Tamikrest, ils débarquaient fraîchement sur le sol européen. Fort d’un deuxième album, Toumastin, et de nombreuses performances à travers le monde, c’était donc un groupe auréolé d’un tout autre statut qui se mettait en scène au Dynamo, aux abords de la cité parisienne.

Six musiciens, dont deux guitaristes et percussionnistes, un bassiste et une chanteuse, montaient sur scène, accompagnés pour l’occasion d’une charmante violoniste, et interprétaient Ahar, un titre à la douce mélancolie, non sans rappeler une certaine nostalgie et solitude typiquement saharienne, couramment nommée assuf.

Tamikrest alternait moments calmes et passages plus rythmés, à l’image d’un des musiciens troquant sans effort sa calebasse pour une batterie, cette dernière apportant un coté teinté de rock à l’occidental, un mélange devenu commun pour beaucoup de formations touarègues.

Ceux qui sont parfois vus comme les dignes héritiers des légendaires Tinariwen jouaient ainsi un répertoire varié, dont leur titre phare, Aïcha.

Tamikrest a clairement pris du galon depuis quelques mois, et même si parfois encore un peu juste dans leur jeu, notamment aux percussions, ils parviennent à imposer un style de plus en plus personnel, prenant ainsi quelques distances avec leurs aînés.

Bombino prenait ensuite place, accompagné d’un musicien à la calebasse, d’un batteur et un autre guitariste. Étant un grand amateur du « guitar-hero » nigérien, c’était avec grande impatience que j’attendais son arrivée, ayant malheureusement manqué ses performances ici et là en nombre d’occasions.

Sur album, la guitare de Bombino est aux premières loges, soutenue par un chant délicat et des percussions enivrantes. Sur scène, c’est donc sans surprise que la guitare ait de nouveau une place prédominante, mais l’introduction de la batterie rajoute une dimension bien plus effervescente au groupe montant de la scène touarègue. Seul problème, et non des moindres, le batteur répétait en fin de compte quasiment le même rythme durant la totalité du concert.

Fidèles au studio, les compositions gardaient cet aspect répétitif et hypnotique, mais le batteur gâchait quelque peu la performance par son manque cruel d’inspiration.

Bombino parvenait néanmoins à faire part de toute aisance sur scène, alliant solos endiablés et inépuisable énergie. Mais la formation, finalement assez minimaliste, gagnerait certainement en crédibilité avec la mise en place d’une formule plus solide, pouvant satisfaire tout le potentiel du prodige venu d’Agadez.

Coté sélection, Bombino interprétait un panel assez diversifié issu de ses deux albums Agamgam et Agadez, pour le plus grand plaisir d’une foule déchainée, succombant pleinement aux sons venus de l’Aïr. Des enfants s’adonnaient à quelques danses, alors que Tamikrest revenait sur scène pour clôturer la soirée sur un duo presque fraternel avec Bombino.

Des progrès peuvent certes se faire attendre pour les futures apparitions de ces deux groupes, mais cela n’enlève rien à leurs qualités intrinsèques, en témoigneront les quelques centaines de fans présents ce soir là.

Bombino s’est ensuite déplacé au Cabaret du Mile-End de Montréal, le 26 novembre, pour combler le public qu’il avait déjà conquis en été dernier, lors du Festival international Nuits d’Afrique.

Nicolas Roux

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