Burundi : utiles mais ruinées, plusieurs radios privées ferment

En quatre mois, deux des dix radios privées du Burundi ont fermé et deux autres ont renvoyé l’essentiel de leur personnel. Elles ne sont plus financées par les bailleurs et ne peuvent pas vivre sur des recettes publicitaires très maigres. Certains auditeurs, qui les jugent indispensables, sont prêts à les soutenir.

(Syfia International)

La plupart des radios privées du Burundi ont actuellement de sérieuses difficultés financières ces derniers mois. Deux d’entre elles ont déjà fermé leurs portes : Radio Ijwi Ry’Amahoro (medium catholique) et Ijwi ry’Umukenyezi (La Voix de la Femme). De son côté, Rema FM, proche du parti CNDD-FDD au pouvoir, a préféré, dans un premier temps se débarrasser d’une bonne partie de son personnel, y compris de ses responsables.

Un auditeur

Quant à Umuco FM, une radio communautaire émettant depuis le nord du pays, elle a mis six de ses journalistes au chômage sans respecter le Code du travail.

Deux autres radios auraient aussi de sérieuses difficultés financières et seraient au bord de la fermeture. Face à cette situation, les auditeurs se disent frustrés et souhaitent que la situation revienne à la normale.

Les radios tournent avec un personnel moyen de 30 personnes, généralement des pigistes (vacataires) formés sur le tas. Leur financement provient à plus de 80 % des bailleurs, sauf pour certaines radios « communautaires » du nord et du sud du pays qui vivent des subsides du parti au pouvoir.

Fin des financements des bailleurs

Les faillites récentes sont donc liées à la fin des financements de certains de leurs partenaires. « Les premiers projets se terminent alors que nos bailleurs du Nord, eux-mêmes confrontés à la récession économique, ne peuvent renouveler leurs engagements », explique un directeur de radio.

La plupart de ces radios ont été créées entre 2001 et 2006, pour accompagner le processus de paix, puis la consolidation de la paix et le développement. Ouvertes, comme des projets, ces radios ont vu leurs financements arriver à terme, alors que leur mission reste d’actualité. « C’est dommage, les radios ferment, alors que le pays est confronté à un regain de violence, à la mauvaise gouvernance surtout économique et à la mise en place de la justice transitionnelle », regrette un activiste de la société civile.

Pour faire face à ce défi, Concilie Nibigira, la ministre de l’Information et de la Communication, propose aux médias d’approcher des bailleurs multiples et d’initier des activités d’autofinancement.

Pour sa part, elle s’engage à débloquer le fonds d’appui promis depuis longtemps aux médias par le gouvernement. « Il sera bientôt disponible et les médias seront servis en fonction des besoins. Mais, ce fonds ne peut en aucun cas couvrir les salaires des journalistes.

Les médias ont une ligne éditoriale et partant une mission. C’est pourquoi ils doivent initier des activités génératrices de revenus pour survivre », recommande la ministre.

Un cadre de ce ministère confie que le gouvernement serait prêt à débloquer, dans un premier temps, 100 millions de Fbu (près de 80 000 $) sur le budget de 2012. « Ce serait juste pour se moquer de nous ! Le gouvernement ferait mieux de renoncer définitivement à cet engagement.

La part qui reviendrait à une seule radio ne couvrirait pas 2 % du budget », s’emporte un membre de l’Association burundaise des radiodiffuseurs (ABR), rappelant que cette enveloppe serait à partager entre près de 10 radios et pendant une année.

Recettes possibles insuffisantes

De son côté, le président de l’Observatoire de la presse burundaise (OPB) précise que, même si les radios multipliaient les activités génératrices de revenus comme les annonces et publi-reportages, elles ne pourraient se prendre en charge, car elles opèrent dans un contexte socio-économique défavorable. « Le peu d’entreprises que compte le pays ne peut pas supporter les frais de fonctionnement des médias en payant des publicités.

Même dans les pays développés, les médias comptent encore sur l’appui des partenaires », indique Innocent Muhozi, directeur de la Radio Télévision Renaissance. Le nombre relativement élevé de ces radios pourrait aussi limiter leurs sources de revenus, car les recettes viennent exclusivement des annonces et publicités qui couvrent moins de 20 % de leurs budgets.

Les consommateurs d’informations, surtout de la capitale Bujumbura, ne restent pas indifférents au problème. Pour eux, les radios privées sont d’une importance capitale dans un pays en marche vers la démocratie. « Le gouvernement ne peut pas les financer, car elles épinglent, mieux que la presse publique, ses manquements et servent à ce titre de réel contre-pouvoir. Il faut initier un cadre de dialogue inclusif pour trouver une autre façon de financer nos radios », suggère un fonctionnaire de l’État.

D’autres auditeurs se disent prêts à mettre la main à la poche. « Ces radios devraient ouvrir des comptes bancaires et nous en communiquer les numéros. Nous allons tous cotiser pour les financer, car les informations qu’elles nous servent sont utiles pour la vie, dit une commerçante du marché central de Bujumbura. Autant nous payons nos impôts, autant nous devons payer pour avoir une information de qualité. »

Par Anaclet Hakizimana

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