Katanga : le combat incompris des homosexuels

À Lubumbashi, dans le Katanga, de petits groupes d’homosexuels tentent timidement de se faire une place dans la société, encouragés par les mouvements gays qu’ils observent en Occident. Mais ni les mœurs locales, ni la loi congolaise ne tolèrent ces pratiques considérées comme anormales…

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Sorti s’amuser un soir avec des amis, François Musenge raconte la petite mésaventure qu’il a vécue dans une boîte de nuit, au centre-ville de Lubumbashi, capitale de la province du Katanga.

« J’avais pris un verre de trop et quand je suis allé à l’urinoir, une personne m’a approché pour me dire que je lui plaisais, raconte-t-il. À première vue, j’ai cru que c’était une fille, car elle portait des boucles d’oreille et avait des cheveux tressés. Mais à sa voix, j’ai vite constaté que c’était un homme. Je me suis enfui pour rejoindre mes amis, que j’ai persuadés de quitter le bar… »

À Lubumbashi comme dans d’autres grandes villes de la Rd Congo, il n’est plus rare, en effet, de voir des homosexuels. Ceux-ci essayent petit à petit de sortir de la clandestinité dans laquelle ils vivaient depuis des années, à cause des regards généralement hostiles des gens. Certains tentent aujourd’hui de revendiquer ce qu’ils considèrent comme leur droit. « Si nous ne sortons pas, comment saura-t-on que nous existons et surtout comment allons-nous vivre ? », interroge Gaby, un jeune de 20 ans, qui fréquente un débit de boisson du quartier Golf, au cœur de Lubumbashi.

Environnement hostile

Gaby fait partie d’un groupe de cinq jeunes gays. Boîtes de nuit branchées et bars sont souvent les seuls lieux de rencontre où ils se retrouvent et peuvent se faire voir.

« Nous sortons le soir pour rencontrer d’autres personnes qui partagent la même vision des choses que nous », explique Handy, qui ajoute, petit sourire aux lèvres : « Si cela nous permet d’avoir un peu d’argent, ça ne tue personne. »

« Nous rencontrons des gens qui pensent comme nous, surtout des étrangers et parfois aussi des Congolais qui nous aiment », renchérit Gaby.

Tous savent cependant que la société congolaise, et particulièrement celle de Lubumbashi, voit d’un très mauvais œil cette petite communauté d’homosexuels qui cherche à sortir de la clandestinité. « Les gens nous considèrent comme des personnes anormales. Pourtant ailleurs, les homosexuels ont le droit de se marier, mais pas ici chez nous », se plaint Gaby.

Les lois en la matière sont, en effet, très strictes en Rd Congo. Si les articles 40 de la Constitution et 330 du Code de la famille garantissent le droit au mariage à tout citoyen, ils sont particulièrement explicites quant aux personnes qui peuvent contracter ce lien. « Toute personne a le droit de se marier à la personne de son choix, mais de sexe opposé, et nous ne pouvons pas aller à l’encontre de la loi », rappelle Jean-Marie Kabanga. Avocat au barreau de Lubumbashi et défenseur des droits de l’homme, il estime que les lois universelles « doivent s’adapter au contexte sociologique ».

Le mariage gay pas pour demain

Selon Jean-Marie Kabanga, la pratique de l’homosexualité a toujours existé dans toutes les sociétés, mais sous des formes différentes. En Afrique, elle a souvent été liée à la magie et à des pratiques mystiques, dit-il. « Lors d’un voyage au Kasaï (centre du pays, Ndlr) en 1977, j’ai trouvé un petit groupe d’homosexuels fréquentés par des chercheurs de diamant, qui soi-disant avaient besoin d’eux pour avoir de la chance dans leur travail. »

Un sociologue qui a requis l’anonymat estime que c’est le vent de la mondialisation favorisé par une forte médiatisation des mouvements de revendication des communautés gays en Europe, notamment, qui explique la volonté de jeunes gays congolais à faire entendre leur voix.

« Je sais, affirme Gaby, que beaucoup de gens ne nous apprécient pas. Mais cela ne diminue en rien ma détermination à faire ce que j’aime le plus. » À ceux qui les accusent de se livrer à ces pratiques uniquement pour gagner de l’argent, Handy répond qu’il est « prêt à se marier avec l’homme de son choix si la société nous accepte. » Ce qui, de l’avis de bon nombre de juristes et défenseurs des droits de l’homme congolais, n’est pas pour demain.

Par Bahizire Bacinywenga

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