Tassili, le dernier album de Tinariwen

Le groupe Tinariwen a révolutionné à sa manière la musique saharienne. Avec Tassili, le groupe effectue un léger virage par rapport à ses précédents albums. Le verdict de Touki Montréal.

Combien de fois, suite à la première écoute d’une chanson, l’avons-nous immédiatement soit adorée, soit détestée, pour changer d’avis quelque temps plus tard? D’accoutumée, tout le monde se jette dans le jeu de la critique dès la sortie d’un album. Mais cette fois, à Touki Montréal, nous nous sommes décidés à adopter l’attitude inverse. Nous nous sommes donc accordés le temps de la réflexion.

Ceux qui pourraient se demander les raisons d’une critique si tardive trouveront ainsi leur réponse. Car un album de Tinariwen ne se prend jamais à la légère, surtout pour l’amateur de rock touareg que je suis.

Et si l’atmosphère générale de l’album m’a quelque peu surpris au départ – et je pèse mes mots – je me suis cependant convaincu de lui donner une chance.

Le premier titre “Imidiwan Ma Tenam” débute sur des riffs de guitares syncopés très représentatifs du style du groupe, accompagnés d’une mélodie enchanteresse, quasiment onirique, séduisant peu à peu.

L’artiste américain Nels Cline, virtuose de la guitare, s’invite ainsi dans un contexte entièrement nouveau, introduisant une toute nouvelle dimension à la musique de Tinariwen.

Si les premiers accords peuvent laisser un enthousiasme manifeste s’insuffler, trop de titres ne parviennent pas à faire vraiment décoller la machine. “Imidiwan Win Sahara” ou “Tilliaden Osamnat” sont trop évocateurs, presque à outrance, de productions antérieures. De surcroit, ces compositions ne font plus partie intégrante de cet ensemble qui établissait une synergie à la fois efficace et innovatrice.

En effet, première surprise : si l’on excepte Ibrahim ag Alhabib, ceux qui avaient fortement contribué à la richesse de Tinariwen à travers les années, tels Abdallah ag Alhousseyni et Wonou walet Sidati, sont absents. Aussi, presque tous les titres sont le fruit exclusif du travail d’Ibrahim ag Alhabib.

Celui qui reste un héros pour l’ensemble de la communauté touarègue détient toujours d’aussi somptueuses qualités de compositeurs, mais en fin de compte, Tassili s’apparente plutôt à un album solo d’Ibrahim, et manque dans son ensemble d’une certaine diversité et de titres phares qui auraient servi de force conductrice à cette nouvelle œuvre.

Cependant, après plusieurs écoutes, nombre de chansons font graduellement étalage d’un charme, dont l’aspect subtil n’enlève rien à leur réelle beauté. Ibrahim reprend comme souvent l’imagerie assuf, cette notion typiquement touarègue qui évoque la nostalgie et solitude du voyageur à travers le Ténéré.

Voilà peut-être la raison qui a conduit Tinariwen à enregistrer l’album en plein Tassili, dans le Sahara algérien, une région dans laquelle Ibrahim avait voyagé maintes fois à l’époque où beaucoup de Touaregs ishumars (chômeurs) erraient à travers le désert. “Tameyawt” ou “Iswegh Attay” évoquent ainsi une ambiance à la fois lourde et chaleureuse, caractéristique d’un feu de camp suite à une longue journée de voyage.

Mais tout ne tourne pas autour d’Ibrahim. Quelques artistes invités apparaissent ici et là, ce qui constitue encore une nouveauté.

En plus du cas Nels Cline, cité plus haut, le New-Yorkais Tunde Adebimpe, originaire du Nigéria, reprend en chœur le refrain de “Tenere Taqqim Tossam” ou glisse de douces harmonies vocales sur “Walla Illa”.

Un peu de la Nouvelle-Orléans débarque avec The Dirty Dozen Brass Band, qui montre tout son savoir-faire en matière de cuivre sur “Tameyawt Ya Messinagh”. Ce mélange donne un résultat assez ingénieux, qui fera toutefois pâlir certains puristes.

Et celui dont beaucoup regrettent l’absence, Abdallah ag Alhousseyni, fait finalement une brève apparition sur le dernier titre, “Takest Tamidaret”. Il apporte en guise de conclusion sa patte personnelle, mais les attentes étaient-elles trop hautes, pour cette chanson tout compte fait plaisante, mais trop terne, à l’image de l’album.

On ne peut pas reprocher à Tinariwen de reproduire sans cesse la même musique. Tassili avec ses hauts et ses bas reste une œuvre de qualité. Un clair manque de fusion entre énergie et finesse peut laisser des regrets, mais l’album trouve malgré tout une bonne contrepartie dans des compositions parfois innovantes, parfois redondantes, mais toujours aussi captivantes.

Nicolas Roux


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