Le shilling ougandais, monnaie de référence des commerçants congolais

Dans le territoire de Rutshuru, au Nord-Kivu, les shillings ougandais sont devenus la monnaie de référence des commerçants qui s’approvisionnent massivement chez leurs voisins. Le manque de marchés locaux, d’industries et d’exportations vers l’Ouganda déséquilibre les échanges commerciaux.

À la frontière ougando-congolaise, à l’est du territoire de Rutshuru (Nord-Kivu), Kitagoma est un petit marché populaire. On y observe une forte bousculade ce premier samedi d’octobre. Ici, munis de shillings ougandais, des centaines de Congolais viennent s’approvisionner en divers produits.

Nous avons enregistré ce matin plus de 400 commerçants congolais », fait remarquer Pascal Bembeleza, un agent de la Direction générale de migration (DGM) en remettant des jetons à quiconque fait son entrée dans la partie du marché située en Ouganda.

Mme Mwavita fait partie de ces commerçants qui viennent de franchir cette frontière, matérialisée par une petite barrière en bois : « Je viens acheter du kérosène pour aller le revendre chez moi au centre du territoire. Je passe d’abord auprès de cambistes pour avoir cette monnaie étrangère, car c’est elle qui est utilisée dans toute cette partie congolaise.

 » Comme Mwavita, de nombreux autres commerçants du territoire de Rutshuru connaissent cette difficulté. « Alors que la grande partie de la revente des produits achetés se fait en francs congolais, nous sommes obligés d’abord de convertir tout ce que nous avons comme monnaie en shillings (100 shillings équivalent à 35 Fc, Ndlr). Sinon, nous ne pouvons plus faire de nouveaux achats dans ce marché », ajoute une autre commerçante avec des francs congolais en mains dont elle ne sait que faire….

Si le franc congolais a peu de succès, c’est en partie à cause des fortes importations de produits manufacturés (sel, savon, matelas, boisson, farine, biscuits, etc.) par de nombreux commerçants congolais. « Comme la RD Congo n’a pas beaucoup de produits finis à exporter vers l’Ouganda qui, dans l’autre sens, le fait beaucoup, c’est normal que les shillings ougandais soient plus en circulation dans cette région. La RDC n’exporte que des matières premières (café, cassitérite, etc.), qui ne sont même pas transformées en Ouganda, mais transitent par ce pays pour l’Occident », analyse un agent du commerce extérieur du territoire de Rutshuru. Il ajoute que de nombreux commerçants d’autres régions du Nord-Kivu s’approvisionnent eux aussi en Ouganda.

Affichage des prix en shillings ou en dollars

Une tendance qui s’explique aussi par l’histoire récente. En 1997, la guerre a occasionné un mouvement de population de l’est du territoire vers l’Ouganda. Début 2000, avec la recrudescence de l’insécurité dans ces zones, plusieurs marchés locaux ont disparu. C’est le cas de Kilabu-Karambi, où des Ougandais venaient par exemple acheter le lait de beauté rare chez eux et vendre certains biens de leur pays. Les commerçants congolais pouvant de plus en plus difficilement s’approvisionner à l’intérieur de la RDC, ils vont désormais en Ouganda. Le manque d’industries dans leur région accentue encore cette évolution.

« C’est facile d’aller en Ouganda ! Cela ne me coûte pas très cher, le transport y est pratique. Pour trouver les mêmes articles en RDC, je devrais faire plus de 1 000 km. C’est pourquoi nous sommes obligés d’utiliser cette monnaie ougandaise qui facilite nos affaires », explique un commerçant.

Aujourd’hui, une masse importante de shillings circule dans les grandes entités du territoire. À Rutshuru-centre chef-lieu par exemple et à Kiwanja, deux cités commerciales du territoire, des habitants s’en servent pour se procurer facilement des biens et services.

Le chargé du service de l’économie nationale du territoire dit avoir tenté d’appeler les opérateurs économiques de Rutshuru à valoriser les francs congolais, mais il est surpris de constater que dans certaines boutiques, les affichages du prix se font toujours en shillings ou en dollars, ce qui est contraire à la loi. M. Bujakera propose donc d’impliquer toutes les autorités locales pour que les commerçants utilisent davantage leur propre monnaie.

Par Evariste Mahamba

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