Djibouti : plaque tournante

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Djibouti, ce petit pays situé dans la Corne de l’Afrique, a été récemment victime d’une fausse représentation. « Djibouti, c’est un caillou, Djibouti il n’y a rien, il n’y a rien, Djibouti c’est un gros caillou désertique, où on ne produit rien, où les gens passent leur temps à mâchouiller ce khat, qui est cette plante hallucinogène qui vient du Yémen », a déclaré François Bugingo, un journaliste bien connu au Québec.

Par Laurent Robillard-Cardinal, diplômé en science politique et en journalisme

Le 22 décembre dernier, ce natif du Congo a porté des propos péjoratifs à l’égard de Djibouti lors de l’émission de Benoît Dutrizac sur les ondes du 98.5 FM. Les informations qui ont été émises, et ça, de façon condescendante, étaient en partie inexactes. À vrai dire, il semble que ce journaliste respecté n’a pas pris le temps de faire une recherche approfondie.  « Étant membre de la diaspora Djiboutienne du Canada, je suis déçu de voir la manière dédaigneuse et hautaine dont M. Bugingo parle de Djibouti. Je ne peux que l’inviter à s’informer avant de porter des jugements pleins de préjugés, mais pour un soi-disant journaliste de son talent, je ne devrais même pas », a souligné Barkhad Ahmed, Secrétaire général du Réseau de la diaspora de Djibouti du Canada.

Des erreurs ont été relevées dans les propos de M. Bugingo. La première étant de confondre le Yémen avec l’Éthiopie lorsqu’il se réfère au pays d’origine du khat, cette plante que mâchouillent les Djiboutiens. Le second commentaire erroné de Bugingo est lorsqu’il déclare que le « Djibouti c’est un pays qui ne vit que de la présence militaire française, qui crée des emplois, qui crée de la circulation, qui crée de la consommation, de l’hôtellerie, puisque ces gens viennent avec leurs familles et donc il ne vit que de ça ». En effet, les militaires français déboursent près de 38 millions $ à l’économie de Djibouti pour leur base militaire. Par ailleurs, l’armée américaine et l’armée japonaise fournissent elles aussi chacune une somme de $30 millions au Djibouti alors que son budget annuel est de 470 millions $.

En ce qui concerne l’industrie hôtelière, elle est en grande partie stimulée par le tourisme qui est en pleine croissance. Au tournant du millénaire, plus de 20 000 touristes ont visité le pays pour ses magnifiques plages ainsi que ses sites de plongée sous-marine. Dès lors, le nombre continue d’augmenter. En 2008, 53 600 touristes de plus ont mis les pieds sur ce sol que l’on surnomme le Pays des Braves.

On y trouve également d’autres attractions touristiques telles que les sites de randonnées et de pêche récréative. Effectivement, un haut taux de touristes proviennent de la France et autres pays européens, mais plusieurs touristes qui proviennent des pays arabes font également de ce pays une destination de voyage. D’ailleurs, un certain nombre d’investisseurs émiratis ont grandement contribué à l’industrie du tourisme, tel que le témoigne le Kempinski Djibouti Palace, un hôtel cinq étoiles appartenant à l’agence immobilière Nakheel.

La plus grande partie de l’économie de Djibouti provient de son port en eau profonde. Le port de Djibouti est l’un des seuls ports de la région et dessert environ 100 millions d’individus dans la Corne de l’Afrique. Le port, instrument économique essentiel pour l’Éthiopie, représente 76 pour cent du PIB national. Son emplacement est d’une importance stratégique dans une région secouée par la guerre, le terrorisme et la piraterie.

Djibouti est devenue une plaque tournante idéale pour les opérations militaires de lutte contre le terrorisme et la piraterie en Afrique de l’Est. En fait, le port de Djibouti a pris le rôle essentiel de point d’ancrage de la force militaire américaine qui combat le terrorisme et celle de la mission Atalanta dirigée par l’Union européenne qui vise à sécuriser la région contre la piraterie. Le port de Djibouti n’est pas seulement utile contre la lutte des pirates, mais également contre la faim dans la Corne de l’Afrique.

Woflgang Herbinger, responsable de la logistique du Programme alimentaire mondial des Nations Unies, a déclaré que le port de Djibouti est « l’un des ports les plus importants pour le PAM ». En fait, le port gère environ trois à cinq mille tonnes de nourriture.

Djibouti n’est certes pas un lion africain, mais plutôt que de dénigrer cette ancienne colonie française, Bugingo devrait réaliser que le pays n’est pas aussi désertique qu’il le prétend. Avec un système bancaire stable et florissant, Djibouti connaît actuellement une hausse des investissements, provenant d’importants joueurs économiques du Golfe arabe. Il y a également de nombreuses opportunités d’investissement au niveau des ressources naturelles telles que le sel, la pêche et l’énergie géothermique.

Les États africains sont trop souvent négativement dépeints. En général, les critiques du continent se complaisent à donner une image déformée; celle de pays embourbés dans l’anarchie et le chaos. Étonnamment, Bugingo semble dans ce cas-ci se nourrir largement de ces stéréotypes.

Pour écouter l’échange entre Benoît Dutrizac et François Bugingo

http://www.985fm.ca/audioplayer.php?mp3=120030

vers 8’00

La réaction de François Bugingo

«  Le ton ne se voulait pas méprisant, mais humoristique. (Il) confirme le gros de mes propos : un pays stratégique militaire, un pays où plusieurs mâchouillent du khat, un pays tourné vers l’extérieur et non sur un intérieur désertique et difficilement productif. J’ai enseigné le journalisme à Djibouti, j’y ai des potes et jamais ai je eu envie de dénigrer. »

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