RD Congo : avoir beaucoup d’enfants ne protège pas de la pauvreté

En Rd Congo, les familles les plus pauvres sont souvent celles qui ont le plus grand nombre d’enfants. Certains parents sont même opposés à la politique de planification et de limitation des naissances, estimant que c’est un péché grave. Les messages sur la contraception ont encore du mal à passer.

Enfants de Lubumbashi ; Photo : J McDowell, Flickr

À 39 ans, Jeanne Kabamba a huit enfants. Pour cette mère de famille, qui habite Hewa Bora, un quartier pauvre de Lubumbashi, dans la province du Katanga (sud-est de la Rd Congo), les enfants sont sa richesse de demain. Ouvrier dans une entreprise locale, son mari a juste un salaire mensuel de 110 000 Fc (120 $).

« L’enfant est un don de Dieu et personne sur terre n’est autorisé à empêcher sa venue au monde. Il faut ainsi faire autant d’enfants que Dieu en donne », croit-elle. À ceux qui recommandent aux familles de planifier leurs naissances, elle répond que « c’est un péché grave devant Dieu ».

De nombreuses familles en Rd Congo, comme celle de Jeanne, considèrent, en effet, les enfants comme une « richesse ».

Si, pour certains couples dont le niveau de vie et d’instruction assez élevé, la moyenne se situe autour de six enfants, elle va, comme autrefois au-delà de 10 enfants pour de nombreuses familles, en général pauvres et analphabètes.

La plupart des parents voient leur progéniture comme une sorte d’investissement ou de garantie pour leurs vieux jours : les filles qui se marient leur apportent la dot et les garçons qui réussissent leurs études un avenir plus serein…

Planifier les naissances

Mais la réalité est souvent différente. Dans un contexte de crise économique et sociale, une famille nombreuse signifie des bouches à nourrir, et pas seulement. « Dans la mesure où les revenus des familles sont généralement limités, il est important de mettre l’accent sur l’espacement des naissances pour que la naissance de chaque enfant soit décidée et que la famille ait les moyens d’assumer sa survie, son éducation et son développement », explique Sylvain Kadiata, formateur sanitaire au centre de santé Uwezo, à Lubumbashi.

Selon Huguette Kalunga, gynécologue obstétricienne, faire passer le message sur la planification familiale n’est cependant pas une tâche facile. Les équipes qui font ce travail vont parfois à domicile, pour faire comprendre aux couples l’intérêt des naissances désirées.

« Nous leur expliquons les différentes méthodes de contraception », dit-elle. Mais « les résultats sont souvent négatifs », témoigne Sylvain qui a sensibilisé, en février dernier, une cinquantaine de femmes à ce sujet. Les causes de cet échec sont diverses. « Dans les formations sanitaires, on ne trouve que les femmes, alors qu’elles n’ont pas les mains libres pour prendre une décision en matière de planification familiale », explique-t-il.

Mère de 13 enfants à 43 ans, Paola Numbi affirme, en ce qui concerne son couple, les avoir eus sans nécessairement les avoir à chaque fois voulus. Car, « espacer les naissances n’est pas une chose facile », avoue-t-elle. Et à cause de la pauvreté, elle a perdu trois d’entre eux en une seule année, « parce qu’ils étaient malnutris. » Selon Huguette Kalunga, c’est lorsque sa santé et sa situation sociale sont précaires que la femme éprouve généralement le besoin d’espacer les naissances.

Affaire des femmes et des hommes

Dans certains couples, pointés du doigt pour leur frénésie à faire des enfants, les hommes rejettent parfois la faute sur leurs épouses. Fonctionnaire et père de 11 enfants, Deo Kalala gagne un salaire qui ne lui permet pas, notamment, de les faire étudier tous. « Tous ces malheurs, c’est à cause de ma femme qui n’aimait pas mettre les préservatifs dès le début de notre mariage et qui ne désire pas se faire planifier », tente-t-il de se défendre.

Quoi qu’il en soit, Huguette Kalunga estime que tout le monde est interpellé par la planification des naissances. Car, pour établir l’équilibre entre les revenus des familles et le nombre d’enfants et faire ainsi face à la pauvreté, l’homme doit, dit-elle, accompagner la femme dans sa quête de la santé de reproduction. Lors des formations, « l’idéal serait que les femmes viennent avec leurs conjoints, parce que la planification familiale doit être une affaire de couple », suggère-t-elle.

Par Dina Eseka

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