Matadi : habiter un bidonville faute de mieux

Des bidonvilles construits dans des lieux à hauts risques et loin de toute infrastructure voient le jour régulièrement aux portes de Matadi, chef-lieu du Bas-Congo au sud-ouest de Kinshasa. Une solution pour ceux, de plus en plus nombreux en ville, qui ne savent pas où se loger. Mais ils vivent là dans de bien piètres et dangereuses conditions.

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Dans le bus qui le conduit à Matadi, un passager en provenance de Kinshasa s’étonne de la vue de ce qui s’offre à lui au niveau de Mpozo, à l’entrée de la ville. « Comment des gens peuvent-ils aller vivre dans un endroit comme celui là ! », se demande-t-il ahuri, pointant du doigt Ndima Antoine, le nouveau quartier dont les baraquements sont construits en contrebas des gros rochers.

Un peu plus loin au mont Kinzau, le lieu le plus élevé de Matadi, un autre bidonville est en en train de voir le jour. Ici, au pied de ce pic touristique, apparaissent des maisons en terre battue. Il y a une année, le Chef de l’Etat Joseph Kabila s’était indigné de voir ces habitations. « J’avais dit au gouverneur que l’on ne peut pas construire à des endroits comme ceux-là.

Il suffit d’un vent violent pour que l’on enregistre des dégâts énormes », rappelait-il à Deo Nkusu, le vice-gouverneur du Bas-Congo lors de la visite des travaux de construction du pont Mpozo. Lelo Mavinga, un constructeur, exprime les mêmes craintes : « Ces maisons sont en danger parce qu’elles ne sont pas protégées par les ouvrages de drainage. En cas de fortes pluies et de glissement de terrain, les dommages seront importants », prévient-il.

« C’est reposant d’habiter chez soi »

Selon le vice-gouverneur du Bas-Congo, « le ministre des Affaires foncières a été instruit à ce sujet ». En attendant, la pauvreté et la pression démographique de Matadi (plus de 400 000 habitants), contraignent certains habitants à la recherche de terrains à squatter ces endroits non viables. « Nous souffrons ici. Il faut se lever vers 3 h du matin pour chercher de l’eau potable, et accéder à la grande route en cas de problème est un casse-tête », se plaint un habitant. Arsène Mbuangi, un débrouillard du quartier Ndimba Antoine vit avec sa femme et ses deux filles dans un taudis couvert de tôles usées, construit de ses propres mains.

« J’ai accepté de vivre ici car je n’arrivais plus à payer le loyer, l’eau et l’électricité », explique-t-il triste. Pour d’autres, partageant pourtant les mêmes conditions de vie, c’est avant tout le bonheur d’être enfin propriétaire d’une « maison » qui les a poussés à s’installer là. A l’instar de Marie-Thérèse Lusilawo. « Vous ne pouvez pas comprendre combien c’est reposant d’habiter chez soi. Même si je n’ai pas à manger, je suis quitte car je n’ai des comptes à rendre à personne », se réjouit-elle.

Ce sont en fait des ayants-droits fonciers qui vendent ces terres à problèmes. Pourtant « les conditions de vie ne s’y prêtent pas. Ce sont des endroits destinés à construire des usines », défendait un notable de Palabala. Fin février, l’Ong belge Rcn-Justice et démocratie a réuni dans un atelier à Matadi tous les acteurs intervenants dans ce secteur. L’occasion pour le ministre provincial des Affaires foncières, Modero Nsimba, d’expliquer aux chefs coutumiers « qu’ils sont des gardiens des terres et non des vendeurs des terres. » Et de rappeler la célèbre disposition de la Constitution qui stipule que « le sol et le sous-sol appartiennent à l’Etat… »

« Il faut que le pouvoir public définisse sa politique d’urbanisation », recommande pour sa part le président intérimaire de la société civile du Bas-Congo, Didier Mambueni. La plupart des bidonvilles de Matadi sont construits sur des pentes raides. Quand il pleut, les matières fécales ruissellent, des maisons s’écroulent causant parfois mort d’hommes. L’environnementaliste Christian Mbumba conseille aux habitants de ces quartiers de planter des arbres car dit-il, « Cela agit comme un tampon face aux vents violents, leur procurent de l’air et leurs racines tiennent le sol.’’

Par Alphonse Nekwa Makwala

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