Les Hommes Libres : les Algériens sous l’Occupation allemande en France

La Résistance française ne fut pas que française. C’est le message du cinéaste franco-marocain Ismaël Ferroukhi dans Les Hommes Libres sorti en septembre 2011 en France. Le film rend hommage aux « hommes invisibles » comme les appelle Benjamin Stora, l’un des historiens qui a collaboré à l’écriture du scénario. 

Ces « hommes invisibles », cités nulle part dans les programmes scolaires français, sont les résistants d’origine maghrébine qui ont protégé les juifs et ont participé à la Résistance durant l’Occupation allemande.

« C’est un film courageux car il montre la vie d’hommes invisibles dans Paris occupé, dont personne ne soupçonnait l’existence jusqu’à présent », explique d’ailleurs l’historien, auteur de « Les immigrés algériens en France, une histoire politique (1912-1962) », Ed Hachette, collection « Pluriels », 2008.

Pendant près de 110 min, le spectateur suit le parcours initiatique vers la liberté de Younes, apprenti-héros interprété par Tahar Rahim, César du meilleur espoir et du meilleur acteur en 2010 pour Un prophète de Jacques Audiard.

Jeune émigré d’origine algérienne, Younes est installé à l’Étoile d’Or, une petite auberge à Paris. Il vit du marché noir. Alors que la France est sous le joug collaborationniste du maréchal  Philippe Pétain, la vie du jeune homme bascule le jour où il se fait arrêté par la police qui le croit mêlé aux réseaux de la Résistance.

La police française promet de le laisser tranquille s’il accepte d’espionner Si Kaddour Benghabrit (interprété par Michael Lonsdale), recteur de la Mosquée de Paris, soupçonné de fournir de fausses attestations de foi musulmane aux familles juives et d’abriter des résistants dans l’enceinte du bâtiment.

« Tout est parti d’un article du « Nouvel Observateur » : j’y apprends que la Mosquée de Paris aurait caché des résistants et des Juifs durant la Seconde Guerre mondiale », souligne le cinéaste.

Ismaël Ferroukhi (Le Grand Voyage, Petit Ben) crée aussi une complexe trame narrative tissée autour de Salim Halali, célèbre chanteur juif algérien dans le monde judéo-arabe, interprété avec brio par l’acteur israélien Mahmoud Shalaby (Une bouteille à la mer). « C’était important car [la musique arabo-andalouse] incarne le rapprochement des trois grandes religions monothéistes [..] Je voulais une musique qui raconte l’intériorité des personnages », indique encore le cinéaste.

La musique et la voix de Salim réunit français, maghrébins, résistants ou collaborateurs lors des anniversaires, des spectacles à la Mosquée ou dans les cabarets au-delà de leurs opinions politiques ou de leurs origines.

Le chanteur homosexuel, qui rêve d’ouvrir un cabaret à Paris, chante sans se rendre compte du danger qu’il court en tant que juif.

Malgré un regard neuf sur ces résistants maghrébins, pour la plupart d’origine algérienne, le traitement cinématographique n’échappe pas aux écueils des longs-métrages jusque-là réalisés sur les années noires de la France.

Les mises en scène vues et revues dans la plupart des films traitants de l’Holocauste se succèdent : arrestations injustifiées, descente chez les familles juives, course poursuite en voiture qui s’en suit de la mort d’un résistant.

Si au début le personnage de Younès semble être l’antihéros par excellence, sa conversion en homme combattant pour la liberté est trop précipitée et sans surprise. Il est très réticent à combattre pour une guerre qui « n’est pas la sienne », mais se retrouve à tuer un collaborateur et sauver des enfants.

Toutefois, Ismaël Ferroukhi évite le piège de l’ambiance du film de guerre tombant dans la dramatisation à outrance des évènements.

Soutenu par une interprétation sans failles de Tahar, Shalaby et Lonsdale, Les Hommes libres est un film sans prétention. Si le long-métrage a le mérite d’éclairer une parcelle de l’Histoire très peu connue des Français eux-mêmes, il ne bouleverse pas pour autant.

Le film, distribué au Québec par K-Films Amérique est à l’affiche au Québec depuis le 30 mars

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