Kasaï oriental : moins de mariages précoces, plus de filles à l’école

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Dans le district de Kabinda au Kasaï oriental, au centre de la RD Congo, le travail des Ong et des autorités locales pour faire connaître les lois a permis, ces dernières années, d’augmenter le nombre de filles qui vont à l’école. Trop souvent, elles en sont retirées par leurs parents pour être mariées très jeunes selon la coutume locale.

En quatre ans, le nombre de filles scolarisées, dans le district de Kabinda à 220 km de Mbuji-Mayi au centre de la RD Congo, augmenté de 25%. « Nous sommes parvenus à vulgariser dans les villages les lois portant protection des enfants et contre les violences faites aux femmes et jeunes filles, en faisant du porte à porte, par des séances de sensibilisation et des émissions dans les radios locales pour décourager la pratique de mariage précoce, se félicite Martine Mbuyi, responsable de la section Genre, droit de l’homme et démocratie au Projet Ditunga. Nous disons aux filles que les études sont une voie pour occuper les mêmes postes de responsabilité que les garçons. »

Un grand pas en avant dans cette région où de nombreuses filles de 13 et 15 ans abandonnent leurs études volontairement ou le plus souvent contraintes par leurs familles.

Course à la dot par les ayants droit au nom de la coutume, crainte de la prostitution, manque de moyens pour les envoyer à l’école, travaux de ménage sont les principales causes de ces abandons scolaires.

« Mes parents ont décidé de me marier d’autant plus que l’ayant droit à la dot qui est le grand père en faisait un problème. Mais moi je ne voulais pas me marier vite », témoigne cette jeune fille de 17 ans qui avait un peu de mal à suivre les cours.

Dans la plupart des cas, ces filles quittent l’école pour éviter des problèmes à leurs mères qui risquent, si elles ne le font pas, de faire quotidiennement l’objet de querelles et de disputes des membres de la famille de leurs pères. La plupart du temps, elles sont mariées de force par leurs parents au nom de la coutume. Les coutumes est kasaïennes autorisent le mariage des filles même avant 18 ans, l’âge requis par le Code de la famille. « Je m’assume en tant que parent, même sans avoir l’âge requis, ma fille doit se marier selon la coutume, et la loi vient après », réplique un père.

Interdit par la loi

De rares pères de famille, des intellectuels essentiellement, ne sont pas du même avis. L’un d’eux, André Ilunga, habitant d’un village, non loin de la cité de Ngandajika condamne ces comportements des parents irresponsables qui laissent leurs filles à la merci de la coutume.

« Mes maigres moyens financiers suffisent pour les études de mes quatre filles de la primaire jusqu’à l’université. Filles ou garçons, ils doivent avoir les mêmes chances. La famille biologique n’a qu’à attendre la fin de leurs études. Pas question de laisser faire des ayants droit. » Celles qui sont mariées à la fleur de l’âge sont soumises aux durs travaux des champs pour la survie des foyers, contraintes d’élever de très nombreux enfants et parfois délaissées par leurs maris.

Pour mettre fin à cette pratique, plusieurs groupes ont conjugué leurs efforts. « Avec les notables de mon village, nous avons entrepris la campagne de sensibilisation des parents sur l’importance des études des filles et l’interdiction par la loi du mariage précoce, ce qui est une forme de violence. Les études de la jeune fille sont aussi importantes que celles du garçon », souligne Barthelemy Mpiana, chef de groupement de Mpiana. Les chefs de groupements, comme lui, s’associent souvent à cette démarche en qualité de représentants de l’État à la base.

L’accès facile aux livres, la construction d’écoles de qualité, la gratuité des études prises en charge par les Ong et personnes de bonne volonté du terroir et la création de foyers sociaux d’encadrement des filles mères dans les milieux ruraux ont permis à de plus nombreuses filles d’aller à l’école. L’implication de ces organisations les encourage.  » J’accepte d’étudier car moi-même en tant que fille je jouis des mêmes privilèges que les garçons, explique Sidonie une élève de 17 ans au complexe scolaire Horizons de Ngandajika. Tant que mes parents sont disposés à me supporter. D’autres n’ont pas assez de moyens, dans ce cas mieux vaut se marier que de se prostituer. »

Par Léo Rutherford Kanku

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