La compagnie Käfig applaudie au Théâtre Maisonneuve

Du 12 au 14 avril 2012, le Théâtre Maisonneuve a accueilli la compagnie Käfig (signifie « cage » en allemand et en arabe), menée de main de maitre par le chorégraphe lyonnais Mourad Merzouki, directeur du Centre Chorégraphie National de Créteil et du Val-de-Marne depuis 2009. Retour sur le programme double, Correria + Agwa, un spectacle dynamique et inventif d’une heure et quart.

C’est devant une salle quasi comble que le rideau du Théâtre Maisonneuve s’est levé, dévoilant les onze danseurs de la compagnie Käfig, tous originaires du Brésil et pour la plupart des favelas de Rio.

Photo © Michel Cavalca

Les enchainements de Correria (« courir » en portugais) ainsi que les premières notes d’une bande sonore qui s’annonce d’avance étonnante et extravagante inaugurent une soirée placée sous le signe de l’énergie communicative.

« Strates culturelles » : des mélanges inattendus

Les chorégraphies imaginées par Mourad Merzouki, prodige de la danse et issu des quartiers périphériques de Lyon, sont le fruit d’un mélange recherché et surtout audacieux.

Breakdancing, popping et locking, ou encore capoeira, samba, bossa nova, chaque pratique artistique est ici une « strate culturelle » que Mourad Merzouki a empilée et imbriquée pour finalement donner corps à un spectacle hybride et unique.

Métissage des genres, mais aussi métissage dans la conception sonore. Les danseurs se meuvent énergiquement tantôt sur de la musique traditionnelle slave dont le rythme est similaire à celui du tango ou du flamenco, tantôt sûr du raggamuffin dont quelques sonorités proviennent de la musique électronique ou du rock.

Photo © Michel Cavalca

Mourad Merzouki pose lui même la cerise sur son propre gâteau en mêlant danse urbaine et opéra sur fond de complainte orientale.

Célébrant la danse contemporaine et plus particulièrement celle venant de la rue, héritée de la culture hip-hop, le chorégraphe lyonnais démontre aussi un véritable talent pour la mise en scène avec d’une part, la fine maitrise de la lumière permettant des clairs-obscurs esthétiques valorisant les corps nerveux.

D’autre part, la composition d’Agwa, tire profit d’objets comme des capes transparentes ou des gobelets.

Rien n’est gratuit chez Mourad Merzouki qui puise en profondeur le potentiel sonore ou visuel de chaque apport venu de l’extérieur.

Valorisation de la danse contemporaine et de la culture urbaine

La compagnie Käfig semble avoir très bien choisi ses dates de représentation à Montréal. Pour cause, le 3 avril dernier, la communauté hip-hop montréalaise dénonçait aux pieds des bâtiments gouvernementaux du centre-ville la marginalisation accrue de la culture hip-hop avec l’adoption de plusieurs législations discriminatoires pour l’obtention d’un permis d’alcool.

Photo © Michel Cavalca

En faisant le choix de démocratiser la culture urbaine en l’associant à des piliers culturels considérés intouchables comme la musique classique, Mourad Merzouki (et plusieurs autres comme Dice B, Will Prosper, MF Gold, etc.) s’engagent esthétiquement et politiquement; défendant le droit à chaque art d’avoir droit de cité et droit de scène.

De la représentation, le public gardera en mémoire une implication sincère, des acrobaties millimétrées témoignant d’un souci de la précision, un vrai plaisir de la part des danseurs, enfin une simplicité d’exécution attestant d’un dur labeur.

Il est dit que la musique adoucit les mœurs : la compagnie Käfig, a su montrer que la danse aussi pouvait avoir un bel impact sur les idées préconçues les plus rigides. En témoigne l’ovation – amplement méritée — du parterre et des corbeilles du Théâtre Maisonneuve.

La compagnie Käfig sera en tournée dans tout le Canada jusqu’à fin mai 2012. 

 

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