Le Sanglot de l’Homme Noir d’Alain Mabanckou

L’auteur de Black Bazar et Demain j’aurais vingt ans, Alain Mabanckou, a repris l’expression chère à Pascal Bruckner, Le sanglot de l’homme blanc (Seuil), dans un essai publié chez Fayard et qui s’attaque à la condition de l’homme noir : le Sanglot de l’homme noir. Déjà la première de couverture, avec l’image d’une main noire qui fait main basse sur la France, interpelle à coup sûr l’œil de chacun des lecteurs qui croise l’ouvrage dans une librairie. Le propos est tout aussi interpellant. L’auteur, prix Renaudot pour Mémoires de porc-épic(Seuil, 2006), se demande en quelque sorte quelle place les Noirs de France doivent s’approprier.

« Celui qui hait aveuglément l’Europe est aussi malade que celui qui se fonde sur un amour aveugle pour une Afrique d’autrefois, imaginaire… » Pascal Bruckner, auteur de Sanglot de l’homme blanc (Seuil, 1983)

À ceux qui ne se réclament que de « l’authenticité africaine », l’auteur leur renvoie à leur histoire. Il va même plus loin en soulignant que pendant la traite négrière, force était de constater qu’il y avait des Africains qui vendaient leur frère. Par des exemples précis, au fil et au gré des rencontres qu’il a précieusement noté quelques part, l’enseignant de français aux États-Unis illustre les contractions qui habitent notamment certains « Afropéens », terme cher à l’auteure Leonora Miano. Dans son livre de 184 pages, organisé en 12 chapitres, Alain Mabanckou veut dire non à « [cette] identité définie par les larmes et le ressentiment ». Il fustige ceux qui ont tendance à ériger les souffrances en signes d’identité, « car par-delà la peau, ce qui les réunit, ce sont leurs sanglots ».

« Je suis noir, et forcément ça se voit. Du coup les Noirs que je croise à Paris m’appellent « mon frère ». Le sommes nous vraiment? Qu’ont en commun un Antillais, un Sénégalais, et un Noir né dans le Xème arrondissement, sinon la couleur à laquelle ils se plaignent d’être constamment réduits? » Alain Mabanckou

Le cas de cet homme d’origine congolaise, dans le chapitre Un Nègre à Paris,est patent. Dans une salle de gym de la capitale française, ce monsieur est persuadé qu’un Noir est mieux considéré au pays de l’oncle Sam qu’au pays de Molière. Pourtant il n’y a jamais mis les pieds, et ne se contente que de ce qu’il a entendu ici et là.

Je suis né au Congo Brazzaville, j’ai étudié en France, j’enseigne désormais en Californie. Je suis noir, muni d’un passe- port français et d’une carte verte. Qui suis-je? J’aurais bien du mal à le dire. Mais je refuse de me définir par les larmes et le ressentiment. Alain Mabanckou

En revanche, l’auteur de Black Bazar n’a pas oublié la colonisation et les conséquences sur l’Afrique d’hier et surtout d’aujourd’hui. « L’Europe aura commis un des crimes les plus crapuleux de l’histoire en imposant sa vision du monde aux autres peuples », souligne-t-il. En définitive, nul besoin d’essayer de trouver dans son propos un bouc émissaire puisqu’il renvoie dos à dos les Noirs qui n’aiment pas les Blancs, et les Blancs qui n’aiment pas les Noirs.

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