Internet : sexe en libre accès pour les mineurs à Goma

Consulter des sites pornographiques est un des passe-temps préféré des jeunes internautes de Goma, à l’Est de la RDC. Des mineurs passent des heures sur des sites classés X libres d’accès. Le Parlement d’enfants, des parents et certains responsables de cybercafé militent pour un meilleur contrôle.

Syfia Grands-Lacs/RD Congo

« Je vais sur les sites pornographiques pour voir des femmes nues et regarder des actes sexuels », explique Héritier K., 15 ans, surpris par le responsable du cybercafé Kivu Net en pleine consultation de sites X. Avec la puissance du réseau, ici comme ailleurs les mœurs changent vite. Il y a trois ans, Internet ne concernait encore presque que des adultes à Goma.

Ils allaient dans les cybercafés pour communiquer et effectuer des recherches. Depuis, nombre de jeunes mineurs ont découvert la facilité avec laquelle on y trouve des images obscènes.

D’après un rapport de début 2012 du Parlement d’enfants Nord-Kivu/Goma, portant sur une enquête menée en milieu scolaire et dans les cybercafés, 70% des élèves aiment consulter ce type d’images ou de films.

Le rapport précise que ces consultations se font en général au vu et au su des responsables de cybercafés. Ces derniers, poursuit le rapport, ne s’intéresseraient qu’à l’argent rapporté par ces jeunes clients. Ils les laissent regarder ce qu’ils veulent.

« Le client est roi, un jeune, même mineur, est libre de consulter n’importe quel site car il a payé », confirme en effet le gestionnaire d’un cybercafé.

Pour un Internet sans risque

« Dans le répertoire des sites consultés par mes enfants, je découvrais toujours la lettre X. J’allais voir, et c’était la pire pornographie », déplore une mère de quatre enfants, habitués à consulter Internet. Elle vient d’embaucher un expert pour bloquer l’accès à ces sites. Yassine Bin Ndaye, assistant de réseautique à l’Institut supérieur de l’informatique de gestion (ISIG), conseille aux parents d’interdire aux enfants l’utilisation de téléphones connectés à Internet, qui permettent aussi bien de télécharger et stocker de la pornographie.

Selon Arthur Kasao, vice-président du Parlement d’enfants, non seulement des parents mais aussi des gérants de cybercafé militent pour un Internet sans risque. « J’utilise le programme Leam Viewer qui me permet de contrôler, à partir du serveur central, les contenus consultés par mes clients », assure ainsi Dieuveut Netchi, responsable du cybercafé Cyber Stella. Cela lui permet de bloquer les sites pornographiques auxquels les jeunes voudraient accéder. S’ils n’y sont pas contraints, d’autres ne vont plus sur ces sites, effrayés par certaines conséquences – plus ou moins fondées… « Je ne regarde plus de photos pornographiques depuis que notre médecin familial m’a dit que de pareilles scènes pouvaient causer des troubles psychiques », révèle ainsi Jimmy M.

Dangereux pour la santé mentale

Les jeunes internautes utilisent Internet pour faire des recherches à propos de leurs devoirs à domicile, pour échanger sur les messageries instantanées, pour aller sur Facebook ou Twitter… Mais ils peuvent aussi passer des journées entières à jouer sur des jeux en ligne ou à consulter des sites de sexe.

Alors que des médecins assurent que cela peut s’avérer dangereux pour la santé : « Cela peut conduire à des troubles de la mémoire, à une certaine folie », explique ainsi Jean Zagabe, psychiatre au Centre de santé mentale de Goma. Il dit soigner des mineurs, filles et garçons, présentant de tels traumatismes.

Selon André Musavuli, initiateur Internet au complexe scolaire Garamba, les jeunes, curieux et parfois naïfs, ne tiennent pas compte des formules d’accès à ces sites, majoritairement sans verrou : « Sur une affiche : attention ! Interdit aux mineurs, ou 100% sexe gratuit, il suffit de cliquer pour certifier être majeur et accéder à ces images », regrette-t-il.

Le 11 juin dernier, lors d’une conférence avec les médias, Jean-Bosco Bahala, président du Conseil supérieur de l’audiovisuel et de la communication (CSAC), a demandé à tous les propriétaires de médias, y compris les gérants de cybercafé, d’appliquer l’article 21 du Code de régulation des médias congolais qui interdit la diffusion de programmes obscènes.

Mustapha Mulonda

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