Les Burundais font un bilan mitigé de leur indépendance

Ce 1er juillet, le Burundi célèbre le cinquantenaire de son indépendance. Un demi-siècle plus tard, les politiciens en font un bilan contrasté. La société civile et les médias sont, eux aussi, critiques. Tous s’accordent sur la nécessité de davantage dialoguer à l’avenir.

Le 1er juillet, le Burundi « indépendant » aura un demi-siècle. Le lendemain, des autorités locales et des invités de marque, comme le prince Philippe, héritier du trône de Belgique, l’ancienne puissance coloniale, devraient participer aux festivités. En attendant, des associations de petits paysans nettoient les principaux axes de Bujumbura, des peintres redonnent un coup de jeune aux infrastructures publiques.

Et, pour faire face aux coupures électriques, la Chine a promis d’éclairer la principale voie qui mène à l’aéroport. Une mission s’est par ailleurs rendue cette semaine dans toutes les provinces pour évaluer leur propreté. Des défilés auront en effet lieu dans tout le pays et 50 œuvres, symboles des réalisations pour les 50 ans d’indépendance, seront inaugurées.

Dans les milieux politique, ces festivités sont surtout l’occasion de faire le bilan d’une indépendance qui a été précédée de l’assassinat du héros national, le prince Louis Rwagasore.

Selon Léonce Ngendakumana, président du parti Frodebu (opposition), également président de la coalition de l’Alliance des démocrates pour le changement (ADC-Ikibiri), le bilan est largement négatif : « L’indépendance, telle que pensée par le héros national, devait conduire les Burundais à la cohabitation pacifique, la bonne gouvernance, une justice impartiale, le développement économique… Or, nous connaissons la corruption, les assassinats politiques, une dilapidation éhontée des richesses du pays et l’exil de l’essentiel des leaders politiques de l’opposition. »

Pour lui, le peuple n’a jamais tiré les dividendes de son indépendance, à la suite notamment des clivages ethnico-politiques et des exclusions de toutes sortes qui ont régulièrement endeuillé le pays (1965, 1972, 1988, 1993). L’ancien chef d’Etat Sylvestre Ntibantunganya regrette, lui aussi, les millions de morts, victimes de ces guerres incessantes.

Au CNDD-FDD au pouvoir, on recommande d’éviter une lecture biaisée. Le porte-parole de ce parti, Onésime Nduwimana estime que l’indépendance est une réalité, en dépit des défis sécuritaires, politiques et économiques. « Les Burundais ont pris en mains leurs destinées. La preuve est qu’ils sont dirigés par ceux qu’ils ont élus. Aucun pays au monde ne manque de difficultés. Même si un père de famille a des défauts, il ne perd pas pour autant son statut de parent ! », explique M. Nduwimana.

Quant à Jacques Bigirimana, membre du FNL (parti qui serait proche du CNDD-FDD), nul ne peut remettre en cause l’indépendance du pays, malgré les problèmes conjoncturels que les politiciens peuvent à tout moment régler : « S’il n’y avait pas d’indépendance, on ne pourrait pas discuter librement des affaires du pays dans les médias. »

Journaliste condamné à perpétuité

Plus nuancés, les principaux acteurs de la société civile estiment que le Burundi est indépendant, mais qu’il a toujours été « entre de mauvaises mains » depuis la mort du héros national. Le cinquantenaire intervient, il est vrai, au moment où l’essentiel des opposants politiques sont en exil. Craignant pour leur sécurité, ils ont quitté le pays après les élections générales de 2010, accusant le CNDD-FDD de fraudes.

De leur côté, les professionnels des médias déplorent que la justice ait condamné à la prison à perpétuité, à la veille du cinquantenaire, le journaliste Hassan Ruvakuki, correspondant de France 24 et RFI, pour « participation à des actes terroristes ». « Cela déshonore la justice et le pays tout entier, car il a été condamné alors qu’il n’a fait que son travail (en couvrant la réunion d’un mouvement rebelle en gestation, Ndlr) », s’indigne Eric Manirakiza, directeur de la Radio publique africaine (RPA).

Pour pérenniser cette indépendance, les acteurs politiques (au pouvoir et de l’opposition) reconnaissent tous que tout passera à l’avenir par le dialogue. « La voie à suivre a été tracée en 2000 avec l’accord de paix d’Arusha qui a défini la cohabitation politique et ethnique. Nous devons faire un examen de consciences autour des crimes odieux que le pays a connu pour penser, ensemble, notre avenir commun », suggère M. Ngendakumana.

De son côté, Jacques Bigirimana propose d’associer même les perdants des élections de 2010, dans la gestion du pouvoir : « La promesse du chef de l’Etat d’associer les opposants formulée lors de son investiture, en 2010, n’a pas été tenue. Il faut pouvoir aussi discuter avec les opposants en exil, car la paix n’a pas de prix. »

Par Anaclet Hakizimana

Photo : Flickr

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