RD Congo : des hôtels mal équipés font fuir les clients au Rwanda

Dans les nombreux hôtels de Bukavu, au Sud-Kivu, malgré des prix élevés, l’équipement et les services laissent souvent à désirer. Certains visiteurs préfèrent passer la nuit à Cyangugu, au Rwanda voisin. Un manque à gagner pour l’économie de la province.

La nuit tombée, dans un hôtel de Bukavu, la capitale du Sud-Kivu, un employé passe, de chambre en chambre, pour distribuer des bougies. ‘’Nous obtenons le courant tous les jours impairs aux environs de minuit’’, explique-t-il aux clients, en leur présentant des excuses au nom de l’établissement. Le seul petit générateur disponible n’est allumé que deux heures par jour (18h30-20h30) et tombe souvent en panne.

Voilà, un des nombreux problèmes constatés dans plusieurs hôtels de la ville. Mais, il y en a bien d’autres : “Pas de parking pour les véhicules, pas de connexion internet, ni de salle de réunion, un personnel peu professionnel…”, énumère le client d’un établissement de la place. “Dans d’autres, on ne trouve même pas de téléphone dans les chambres ni à la réception, déplore Thierry Muteba, agent au CICR. Le système de climatisation dans le hall et dans les chambres fait défaut, les chambres ne disposent pas de douches, toilettes et parfois sans sécurité incendie.”

Dormir au Rwanda

De nombreux clients, personnel des ONG, travailleurs humanitaires ou coopérants en mission, touristes, se plaignent. Depuis, quelques mois, avec la libre circulation aux frontières jusqu’à des heures tardives, certains visiteurs, vont passer la nuit à Cyangugu, la ville rwandaise voisine de Bukavu. “Nous y trouvons des hôtels, parfois à un prix moins élevé qu’à Bukavu, et avec un service de qualité, notamment internet sans fil et à haut débit dans les chambres”, renseigne Marietta, Hollandaise, venue faire ses recherches doctorales à Bukavu.

La vue d’un hôtel de Bukavu ; Flickr

Pourtant, les hôtels sont chaque jour plus nombreux dans la capitale du Sud-Kivu. De nombreux propriétaires de grands immeubles préfèrent les utiliser comme hôtels, restaurants et salles des fêtes pour les mariages et autres grandes manifestations.

Mais, “ils construisent sans tenir compte des normes”, se plaint l’ingénieur Zeus, un architecte de Bukavu. Rares sont ceux qui y répondent et, estime Innocent Cokola, venu d’Europe pour ses vacances, le prix d’une chambre est très élevé : entre 60 et 250 $ la nuit, selon le standing de l’hôtel.

Les responsables de l’association des hôteliers et restaurateurs de Bukavu expliquent ces problèmes par les tracasseries des services publics.

“Avec tout ce que nous subissons comme taxes, une vingtaine au total, à combien voulez-vous qu’on fixe le prix d’une chambre dans un hôtel à trois étoiles, par exemple ?, s’interroge Déo Maregane, de l’hôtel Mont Kahuzi de Bukavu. Pour une chambre à 60 $, taxes et impôts à prélever représentent 40 $.”

Factures de l’Etat impayées

Les hôteliers dénoncent aussi de nombreuses factures impayées depuis des années par l’Etat congolais. “Des bons de logements nous sont présentés quotidiennement par les autorités politico-administratives, policières et militaires et lorsqu’on leur présente des factures, la mention ‘au compte de l’Etat’ y est seulement apposée. Mais, comment refuser lorsque ces bons émanent des plus hautes autorités”, s’interroge l’un d’eux.

“Ces manques à gagner poussent beaucoup d’hôtels à fermer et empêchent d’autres de fournir des services à la hauteur des attentes de leurs clients’’, affirme Milabyo Mughima du patronat congolais au Sud-Kivu. “Plusieurs dossiers de recouvrement ont été déposés auprès des autorités, tant provinciales que nationales, mais sans suites positives”, désapprouve-t-il. “Trois hôtels ont dû fermer leurs portes et d’autres risquent de devoir le faire à cause de tous ces problèmes. Dans ces cas là, tout le personnel renvoyé est au chômage’’, regrette D. Maregane.

Pour sa part, la division provinciale du Tourisme, ne reconnaît que trois taxes, à savoir l’agrément technique (autorisation de construire un hôtel selon certains critères) ; la licence d’exploitation qui est payable une seule fois et dont le montant dépend de la capacité d’accueil de l’hôtel ; la taxe d’homologation payable chaque année qui dépend de la catégorie de l’hôtel. Les autres taxes et impôts relèvent des autres services de l’Etat.

“Nous devons assainir le milieu et lutter contre la concurrence informelle”, estime Nestor Samitamba, chef de la division provinciale du Tourisme. Il déplore l’existence de certains établissements, à caractère non lucratif, comme les Eglises, qui n’ont pas vocation hôtelière, mais offrent des services sans pour autant payer taxes et impôts. “L’Etat devrait tout mettre en œuvre pour favoriser l’émergence de ce secteur. Avoir de bons hôtels à des prix raisonnables créerait des emplois et attirerait la clientèle dans notre province à caractère touristique”, plaide Elize Mudimbe, vice-présidente de la Fédération des entreprises du Congo et directrice de Witness House, un établissement hôtelier de Bukavu.

Par Jean Chrysostome Kijana

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