En route avec Nabil Baly Othmani

Vivez une étape de la tournée européenne de Nabil Baly Othmani, groupe touareg de Djanet, au sud algérien. Nous les avons suivis le temps d’une journée. L’occasion aussi de découvrir leur tout nouvel album, Ayt Ma. En route !

« Les gars, il faut y aller ! » s’écrie sans conviction Cath, la manager du groupe, tout en me lançant un regard laconique qui semble dire : « on est pas encore parti ». Nabil et le bassiste Dia sont dans le jardin en train d’expérimenter leur toute nouvelle sono. May (percussions) est allongé tranquille devant la TV tandis que Barka (guitare) me montre des photos de sa famille. La tâche s’annonce compliquée.

Un coup de motivation, le matériel dans les voitures et nous voilà partis.

Le concert a lieu en plein air dans une petite ville près Lyon, au Sud Est de la France. Un cadre unique, très intime où côtoient petite scène, barbecue et des mets algériens préparés par une association locale. Alors qu’on déguste un tajine, de la chorba, le tout avec un traditionnel thé à la menthe, le groupe est déjà mentalement sur scène. Les derniers rayons de Soleil disparaissent, le show peut commencer.

Les premières accords lancent doucement la soirée. Le groupe mélange compositions du premier album Tamghart In et du nouvel opus. Mais le public est timide. Même s’il apprécie de toute évidence le spectacle, il reste tranquillement assis, ce qui lui vaut une petite remarque railleuse du guitariste Barka : « vous aimez ? Parce que ça ne se voit pas ! » lance-t-il sur un ton blagueur.

Ce public est en fait un diesel. Il ne lui en faut pas beaucoup plus. Un autre titre en guise de coup d’accélérateur et la piste de dance est complètement investie. Le groupe peut enfin exploser. L’énergie sur scène bat de son plein. Les musiciens improvisent des chorégraphies effrénées. Le concert monte en puissance et Barka peut lancer, toujours avec la même pointe d’humour : « vous aimez ? Maintenant, ça se voit ! »

Car Nabil Baly Othmani n’est pas un groupe qui prépare soigneusement ses concerts avec une liste de chansons préétablie ou des numéros bien réglés. A l’inverse, Nabil lâche quelques accords selon son inspiration et le groupe suit. La réception de l’audience joue donc un rôle indéniable.

Deux heures d’une performance ravageuse, les genoux en vrac et le cerveau lessivé de bonheur, il est déjà l’heure de ranger la matériel et de reprendre la route. Je prends Barka dans ma voiture et au bercail ! Sur la lancée, je mets le dernier album du groupe Ayt Ma, histoire de ne pas s’arrêter en si bon chemin. Barka envoie quelques chœurs tout en donnant une toute nouvelle fonction à la plage avant de ma voiture, celle d’un djembé.

Un moment à refaire le monde puis je le dépose finalement. Retour chez moi pour un repos bien mérité.

Trois heures du mat’. Le concert et le retour en voiture ont sans conteste attisé ma curiosité. L’envie d’écouter l’album fraichement produit sur de vrais speakers se fait pressante. Ai-je l’énergie suffisante ? Manifestement oui !

Dès les premières notes, on retrouve la même intensité qu’en concert. La première chanson Teswa Ténéré offre une belle entrée en matière avec une mélodie accrocheuse, soutenue par une ligne de basse binaire qui booste la cadence en toute simplicité.

Une chose est sure, le groupe a franchi un pallier avec cette nouvelle œuvre. Déjà, et contrairement à son prédécesseur, c’est un groupe au complet qui est présent sur Ayt Ma. La basse ajoute de la profondeur, les chants féminins ouvrent le champ musical, tandis que la variété des percussions utilisées (derbuka, djembé, kerkab, cajon) met en lumière des influences géographiques élargies.

Au rayon des similitudes, on retrouve le même désir de mélanger les genres. Le groupe s’adonne au flamenco (Temse Takhtik) et au blues (Sahara Blues), le tout à la sauce touarègue, cela va de soit. Le rythme reggae-esque d’Afrika saisit tout de suite mon attention tandis qu’Awadam reste dans la mouvance « ishumar » plus classique.

En fin de compte, la pochette résume totalement l’esprit de l’album. Un guitariste y est illustré dans le style des peintures rupestres que l’on trouve au Tassili, dans le sud de l’Algérie. En bref, du moderne sur un fond de traditionnel.

La famille Othmani est bien connue pour son savoir faire artistique. Le père de Nabil, Baly Othmani, était le premier à s’être fait remarquer sur la scène internationale alors que sa grand mère Khadija était une grande joueuse de tindé, percussion traditionnelle touarègue. Nabil Baly Othmani continue la coutume et offre une sérieuse alternative aux groupes plus établis comme Tinariwen.

Nicolas Roux

Disponible sur tamasheq.net

Le making-of du nouvel album

Crédit photo : Cath Legras, Nicolas Roux

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