Burundi : des jeunes mal formés et trop pauvres pour entreprendre

Au Burundi, les jeunes ont du mal à lancer des activités. Ceux qui ont été scolarisés tentent de s’organiser, mais ne trouvent pas auprès des banques les fonds pour démarrer. Sans culture de l’entreprenariat, ils échouent à encadrer leurs frères analphabètes pour rentabiliser leurs talents.

Ils sont nombreux, très nombreux même, à la chaussée du Prince Louis Rwagasore au centre-ville Bujumbura.

Diplômés et analphabètes, ils viennent de tout le pays en quête d’un emploi. La plupart ignorent de quoi sera fait leur lendemain.

Les jeunes qui ont interrompu leurs études comme ceux qui ont réussi à les terminer éprouvent des difficultés à définir un projet professionnel clair.

« On ne m’a nulle part enseigné le montage de projet, la création d’emplois ou encore ce que j’entends souvent appeler entreprenariat », déclare, visiblement découragé, un jeune diplômé de 22 ans, rencontré en train de vendre des pièces de téléphone dans la ville de Bujumbura.

Une fille de Kirundo, membre d’une association de lutte contre le sida, affirme qu’elle s’y est investie, lasse d’attendre un emploi dans un service de l’État ou dans une entreprise privée où les patrons exigent souvent une expérience professionnelle que les jeunes diplômés ont rarement.

D’abord survivre

Un psychologue du centre de Kamenge explique que comme les jeunes ne voient pas très bien leur avenir, ils ne savent comment se réorienter.

Depuis 2007, le ministère de la Jeunesse appuie les petits projets menés par des associations de jeunes, mais les résultats sont décevants.

Les bénéficiaires, en général très pauvres, n’ont aucune notion de l’entreprise et, souvent, au lieu d’investir les sommes qui leur sont allouées dans des activités qui pourraient leur procurer des revenus, ils se les partagent directement.

Un jeune, membre d’une association de Bujumbura, qui avait obtenu plus d’un million de Fbu (700 $) en 2010 dans le cadre de l’appui à la promotion des jeunes, indique que cette somme a été directement partagée entre les 15 membres de l’association. Compte tenu de l’incertitude des lendemains et de la pauvreté, la préoccupation première est de survivre au quotidien, comme le confirme le Réseau des jeunes en action (REJA).

Compter sur soi

Un membre de l’association Réveil pour la promotion des jeunes (RPJ) indique que les jeunes en ont assez que les décideurs les appellent « le Burundi de demain » alors que c’est aujourd’hui qu’ils veulent vivre. Convaincu qu’il vaut mieux compter d’abord sur soi, il a ouvert une petite boutique itinérante. Il dit encaisser souvent 10 000 Fbu (6 $) par jour, ce qui lui procure un revenu mensuel équivalent à deux fois le salaire moyen d’un cadre de l’État.

Malgré la mise en place d’une agence pour l’emploi des jeunes, le système actuel ne satisfait pas les attentes des jeunes en matière d’emploi. « On exige une expérience professionnelle de quelques années. Mais où est-ce qu’on peut l’acquérir ? » s’interroge un jeune chômeur de la commune urbaine de Kamenge. « Il y a un risque de tout accepter, y compris l’association avec les malfaiteurs », conclut-il.

Par Stany Ngendakumana

Photo : Flickr

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