Katanga : les dettes de l’Etat ruinent les hôpitaux

Les trop nombreuses factures non payées par les services publics empêchent les structures médicales de Lubumbashi de bien fonctionner. Certains hôpitaux qui croulent sous le poids des charges, commencent à refuser de prendre en charge les malades qui leur sont transférés par l’Etat, d’autres réduisent leur capacité d’intervention.

« Inutile, la commune a plusieurs factures impayées », lance une infirmière aux ambulanciers venus de la maison communale du quartier Kenya, à Lubumbashi au sud est de la RD Congo, à l’hôpital de référence de la commune. Le personnel soignant a refusé de prendre en charge ce malade transféré pour des soins urgents, considéré comme insolvable.

Saisi de fureur, le bourgmestre décide de prendre place à bord de l’ambulance et de revenir avec son malade. « Pourquoi trahissez-vous votre serment en regardant cette vie s’éteindre sans la moindre intervention ? », demande-t-il au personnel médical avec qui il engage un vif échange auquel il n’est pas parvenu à faire changer d’avis. Une scène de plus en plus fréquente.

Services réduits au minimum

Accumulant les factures impayées par l’Etat, des formations médicales de Lubumbashi refusent, en effet, de plus en plus souvent de prendre en charge des malades qui leur sont transférés par le service public jugé insolvable. D’autres, mises en difficulté à cause des dettes de l’Etat, ont vu leur capacité d’intervention réduite au strict minimum.

A l’hôpital de référence de la commune de Kamalondo, par exemple, au sud-est de la ville, les malades qui viennent pour la radiologie, l’échographie, les soins intensifs sont renvoyés vers d’autres structures sanitaires publiques ou privées. Faute de moyens, cet hôpital ne sait plus faire fonctionner ces services. Bien plus, les interventions chirurgicales s’y font à l’aide de simples bougies ou de lampes tempêtes.

« Nous recevons des malades même la nuit que nous ne savons pas soigner comme il le faut sans électricité, se désole Dr Franck, médecin directeur. Mais les bistrots d’en face, eux, ont de la lumière qui ne s’éteint pas ». Cette structure médicale publique a quatre services traditionnels : la médecine interne, la chirurgie, la pédiatrie et la gynéco-obstétrique. Une soixantaine d’employés y travaillent, mais l’hôpital ne reçoit pas de frais de fonctionnement et accumule des impayés des services publics évalués à plusieurs dizaines de milliers de dollars.

Mi-août dernier, Michel Klwa, le bourgmestre de Kamalondo a visité cet hôpital et s’est montré touché par ces précaires conditions de fonctionnement. « C’est inconcevable que les barmen d’à côté aient de l’électricité tandis que vous ici, vous travailliez dans le noir », s’était-il indigné, promettant de rencontrer les responsables de la Société nationale d’électricité pour résoudre ce problème. Mais, 15 jours après son passage, rien n’a changé.

Respecter ses engagements

« Les hôpitaux publics ne sont pas subventionnés. L’Etat lui-même les ruine encore en y faisant soigner son personnel sans honorer les factures. C’est pour cela qu’ils manquent presque de tout et les malades souhaitent aller ailleurs », fait remarquer Emmanuel Kienge, de la Ligue pour la défense des paysans.

A la Référence clinic au quartier Golf dans la commune Lubumbashi, la direction a carrément résolu de mettre fin aux abonnements des services étatiques pour insolvabilité. « Ici nos abonnés sont des privés parce qu’ils respectent leurs engagements », fait savoir Laure Micheline, responsable des finances. Employé à la Régideso à Lubumbashi, Alphonse Mudibwa note pour sa part que les services étatiques ne sont pas seulement insolvables vis-à-vis des structures médicales.

« Ils accumulent aussi des factures d’eau et d’électricité qu’ils ne paient pas », dit-il. Cet agent de la Régideso reconnaît cependant qu’en matière de paiement des factures, seules les régies financières (les services publics, Ndlr) s’efforcent d’honorer leurs engagements. « Nous voulons bien rendre service conclut un personnel soignant de Kamalondo, mais il faut que l’Etat nous aide à l’aider en payant ses factures. »

Par Maurice Mulamba

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