Youssoupha, le rappeur authentique en visite à Montréal

Dans le cadre d’une courte tournée dans la Belle Province, le rappeur français Youssoupha Mabiki sera en concert à Montréal le 16 septembre au Club Soda. Le “meilleur lyriciste Hip Hop” a bien voulu répondre à quelques questions de Touki Montréal. Au cours de l’entretien, il nous a parlé de ses origines, de ses influences et de sa musique.

Ses origines

Tu es d’origine sénégalaise, par ta mère, et congolaise, par ton père. Comment vis tu ce métissage ?

C’est la guerre! (rires). Ce sont deux cultures qui n’ont rien en commun. C’est pour cela que lorsqu’on me dit que je suis Africain, je trouve cette expression très vague. Moi je suis plutôt un immigré sénégalais qui a grandi à Kinshasa […]  De la culture sénégalaise j’ai mon prénom, ma religion, les fêtes, les vêtements, etc. Par contre l’éducation de la vie, je l’ai eu à la congolaise : la langue, la bouffe, la musique, l’école, etc. En ayant deux cultures difficilement compatibles, cela m’a enrichi et j’en suis fier!

Comment as-tu porté l’étiquette du fils d’un papa très connu, Tabu Ley Rochereau (vedette congolaise) ?

Une étiquette qui était très petite car on a du la diviser. Nous sommes extrêmement nombreux! (rires)  On est beaucoup à être « les fils de Tabu Ley ». Le fait que mon père soit quelqu’un de connu, ma mère n’en a jamais fait tout un boucan. J’ai plus de reconnaissance envers mon père en tant qu’artiste, maintenant que je sais à quel point c’est dur. Je reconnais son talent et son travail bien abouti.

Souvent cité dans tes textes, que reproches-tu à ton père ?

Plutôt ce que je lui reprochais! Des choses assez communes  à ceux qui n’ont pas grandi avec leurs parents. L’absence, la distance… Depuis que je suis petit, je suis habitué à grandir sans mon père. Cela ne me dérangeait pas, ma mère m’a bien élevé comme ça.

Mais parfois, il me demandait d’être un peu plus présent, il éprouvait le besoin de me voir plus souvent devenu plus grand. Ce n’est pas une mauvaise chose, disons qu’il y avait un décalage. Lui n’était pas forcément content, alors je le lui reprochais un peu. Sans revanche ni rancune, on se voit souvent.

Ayant grandi dans des banlieues connues pour leur délinquance, tu as pu être un très bon élève à l’école. Comment est né cet amour pour les mots et le français dans un milieu aussi dur ?

Très tôt, j’ai été très attaché à l’écriture et aux mots, je ne sais pour quelle raison. Je demandais à écrire tout le temps et lire aussi. Du théâtre, poésie et chansons est né le rap. J’en demandais un peu plus à mes profs de littérature pour développer cela. Je suis tombé sur des personnes qui m’aidaient et d’autres qui voulaient clairement me faire comprendre que je n’irai pas loin dans cette filière.

J’ai persisté contre l’avis de certains conseillers d’orientation. J’ai réussi mon bacc avec brio et ainsi continué à la fac. Cela me fait froid dans le dos et me dégoûte de voir tous ces jeunes qui se font décourager, se retrouvant dans des voies de garage.

Sa musique

Comment définis-tu le « rap d’amour » vs le « rap de rue » ?

Quand j’ai sorti cette expression, c’était spontané. Aujourd’hui on m’en parle beaucoup, mais à la base ce n’était pas un gros concept marketing. Ce n’est pas une idéologie.

J’ai envie de parler de moi vraiment, c’est le rap toujours authentique. Je parle surtout des gens que j’aime : mon fils, ma famille, mes proches. C’est l’amour non seulement entre un homme et une femme, mais plus générale.

Le rap de rue c’est l’origine du rap, il définit les heures les plus glorieuses de cette musique. Ce qui est dommage c’est qu’avec le temps, ce rap est devenu un concept marketing. Parfois médiocre ou bâclé, tout le monde se disait faire du rap qui vient de la rue. Devenu un cliché on l’identifie directement à cela. Cependant la rue a du talent.

Quelle est la plus grande influence musicale de ton enfance et actuelle ?

Dans mon enfance forcément la musique congolaise : Tabu Ley Rochereau, Franco, Papa Wemba, Koffi Olomidé, les grands classiques.

Actuel, beaucoup dans le rap américain comme Nas, Jay Z, Rick Ross. Pour les francophones, il y en a moins qu’à une époque. Étant auditeur, je percevais la musique différemment. Maintenant acteur, je suis plus critique et analytique de ce que j’écoute. Par contre Sexion d’Assaut ou Orelsan sont dans le souci de la performance, ce que j’apprécie.

Pourquoi intituler ton album Noir Désir ?

Je parle souvent de la culture africaine dans mes sons. Je voulais parler d’amour dans cet album. Je cherchais un concept qui pouvait allier ces deux idées-là. Noir Désir

Il y a aussi un groupe de rock qui porte ce nom, alors cela parle à l’imaginaire collectif des gens. Cela fascine beaucoup de personnes, ce qui a sûrement contribué à sa réussite. Ce groupe s’est dissous quelque temps après l’annonce de la sortie de l’album. Donc juste pour m’adresser aux fans de Noir Désir : je n’y suis pour rien! (rires).

Dans ton dernier album Noir Désir, les chansons Irréversible et Gestelude ont des sonorités proches de celle de Kanye West ou encore 2Pac, est-ce un effet voulu ?

Effectivement c’est voulu et ce sont des références claires et nettes! 2Pac est une icône qu’on ne présente plus, même si j’ai une préférence pour Notorious Big (sourire). Kanye West est un artiste que j’écoute beaucoup. Sa discographie est riche et une véritable réinvention du Hip Hop.

Dans la pièce Tout l’amour du monde, fais-tu référence à des histoires d’amour vécues ?

Les prénoms sont fictifs, ils ont été réajustés! J’ai maintenant des problèmes avec toutes les Nadia et les Hawa que je connais. Un des mes amis s’est marié avec une Amélie, donc tout ça ne m’aide pas! J’ai dû romancer un peu les histoires car en un couplet je n’ai pas le temps suffisant pour raconter toute l’histoire avec détails… Oui c’est inspiré de faits vécus et je sais que les filles se reconnaissent!

Dans le titre B.A.Ode qui parles tu dans le « Ils » de « Ils nous plébiscitent »,  ?

C’est une bonne question! « Ils » sont les médias et les maisons de disques qui à l’époque ne s’intéressaient pas à moi. J’étais dos au mur avec mon label. On a été obligé de se fonder et se structurer.

Nous prenions de grandes initiatives comme jouer dans des grosses salles comme l’Olympia, « ils » nous décourageaient et nous prenaient pour des fous. Le mérite ne revient pas à ces gens là, mais bien au travail et au public qui remplissait les salles. La radio et la télé nous tournaient le dos, maintenant « ils nous plébiscitent », mais c’est trop tard!

Ses expériences marquantes

Tu as fait des grosses têtes d’affiches lors de premières parties de concerts en France, notamment avec 50 Cent, Nas, Snoop Dog, Busta Rhymes, Method Man et Red Man. Quelle a été l’expérience la plus marquante ?

Method Man! J’ai fait une tournée avec lui et il est extrêmement fort sur scène. Avec mon équipe j’avais cet objectif suicidaire d’être un challenger de taille face à lui.

Chaque soir j’essayais de faire mieux que le rappeur américain. Je voulais être plus fort que lui. Et chaque soir j’avais droit à une défaite incroyable!

Mes shows étaient géniaux, mais lui entrait sur scène à peine deux minutes et c’était déjà K.O! J’ai donc commencé avec l’émulation du top.

Du coup quand je suis revenu sur terre dans mon rap français, j’avais une bonne référence. Et le niveau d’exigence que je me donne est supérieur à celui que certains rappeurs se donnent dans la moyenne.

Pour en savoir plus :

Sa page facebook

Son site internet

Sa page YouTube

 

La Tournée de Youssoupha au Québec

Trois-Rivières : 14 septembre au Steevie Box

Québec : 15 septembre au Théâtre Impérial

Montréal : 16 septembre au Club Soda

 

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