Rwanda : se marier traditionnellement via internet

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Des couples rwandais qui vivent à l’étranger préfèrent aujourd’hui faire le mariage traditionnel, resté une norme sociale quasi incontournable, via les moyens de télécommunication modernes : skype, photos, films… Une façon de minimiser les dépenses toujours plus importantes pour ces cérémonies.

Syfia International

Grâce aux facilités données par internet, des couples rwandais unis à l’étranger ne se sentent plus contraints de venir se présenter à leurs familles et amis restés au pays pour célébrer le mariage traditionnel.

« Quand on a demandé aux fiancés de venir saluer les invités, on a allumé un projecteur, ouvert un ordinateur et des haut-parleurs, et par skype (un outil qui permet de se voir et de se parler en direct et gratuitement via internet, Ndlr) nous avons vu le couple bien habillé vivant en Belgique nous saluer comme s’il participait à ces festivités », témoigne C. Kayitare de Muhanga qui a dernièrement assisté à ce mariage.

Flickr

À défaut de la connexion internet, les photos des fiancés peuvent suffire. « Quand le temps de montrer les fiancés arrive, des photos placées dans des cadres sont présentées et déposées dans des fauteuils réservés aux mariés », dit Stanislas Ntirenganya, maître de cérémonie dans les mariages.

Pour Alexis Rusine, sociologue, ?le mariage religieux ne remplace pas le traditionnel. Les mariés ressentent un malaise quand ils ne sont pas dans la norme sociale qui exige notamment que, pour se marier, la fille doit être dotée. Les pressions sociales les culpabilisent et ils se sentent comme damnés quand ils ne l’ont pas encore fait?.

Pour cette villageoise de Muhanga, « un couple qui vit sans avoir fait le mariage traditionnel s’isole, il a honte de se présenter dans l’une ou l’autre famille, et quand il a les enfants, il ne peut pas aller les montrer à leurs grands-parents ». Jusqu’alors les couples vivant à l’étranger envoyaient les photos de leur mariage religieux à leurs familles respectives, mais cela ne remplaçait pas ces cérémonies coutumières.

Limiter les dépenses

« Certains viennent d’Europe ou d’Amérique pour ce mariage. Autrement ils se prennent pour des déviants?, fait remarquer Rusine. Mais comme les fêtes de mariage au Rwanda sont de plus en plus budgétivores – les habits, réceptions et les cérémonies nuptiales coûtant très cher – ils sont de plus en plus nombreux à préférer le mariage virtuel. « Les couples unis à l’étranger évitent de faire les déplacements coûteux pour venir dépenser beaucoup dans les familles. Ils préfèrent organiser des fêtes virtuelles pour dépenser moins », témoigne un jeune marié rwandais vivant en Amérique.

Depuis quelques années, de nombreux jeunes au Rwanda préparent leur mariage en comptant sur les contributions des amis. « Le mariage est devenu un prétexte pour extorquer de l’argent aux amis et connaissances. Un futur marié présente un devis de six millions Frw (près de 10 000 $), alors qu’il n’a même pas un million de Frw (1600$), c’est de l’escroquerie », note un habitant de Kigali.

Ainsi, quand les fiancés se présentent virtuellement, les invités ne sont pas obligés de contribuer à la célébration du mariage. Les amis et proches peuvent à leur gré donner des contributions aux familles du garçon ou de la fille, alors que quand les couples sont présents chacun se sent obligé de soutenir leurs familles.

D’autres couples se marient ainsi de loin si, pour des raisons politiques, ils ne peuvent pas venir au Rwanda. Curieusement on remarque aussi que certains Rwandais ou Rwandaises mariés à des étrangers (européens, américains, asiatiques) font les mêmes cérémonies traditionnelles procurant au mari ou la mariée étrangère une famille rwandaise et respectant toutes les formalités exigées par la culture.

Doter oui ou non ?

« Nous nous sommes engagés à décider nous-mêmes du montant de la dot. Elle m’a dit qu’elle allait y penser et elle m’a proposé pas moins de 800 000 Frw (1300$). Je l’ai directement lâchée », témoigne ce jeune homme de Bugesera.

Comme lui, de nombreux jeunes garçons voient leur relation amoureuse avec leur fiancée rompue parce qu’ils ne peuvent pas trouver l’argent de la dot.

?Certains parents en fixent le montant. Quand vous n’avez pas une telle somme, vous n’osez pas venir demander la main de leur fille », disent-ils. Ce sont les familles qui n’ont pas les moyens de payer les différents coûts liés au mariage – réception de la dot, cérémonie religieuse, équipement de la maison des futurs mariés (vaisselles, draps,…) – qui gonflent le ?prix? de la dot. Ces calculs obligeant à rembourser tout ce qui a été donné à la fille énervent les jeunes. Ils risquent non seulement se ruiner pour la payer et vivre malheureux par la suite, mais cette pratique peut aussi être une source de violence si la femme est considérée comme une marchandise chèrement acquise.

Pourtant la dot n’est plus obligatoire au Rwanda pour se marier à l’État civil. Des centaines de couples sont chaque mois mariés légalement au niveau des secteurs où ce service a été décentralisé, sans avoir à prouver que la dot a été versée comme avant. Pourtant des jeunes sont souvent contraints d’attendre pour se marier d’avoir réuni l’argent nécessaire. D’autres optent pour le mariage dit ?koco? ou le garçon et la fille vont vivre en couple et ne pensent que plus tard à la dot et au mariage civil ou religieux.

Par Fulgence Niyonagize

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