Pour ne pas dépendre des hommes, des Congolaises apprennent un métier

Des femmes se lancent de plus en plus dans l’apprentissage des métiers pour être autonomes et plus respectées dans leur communauté. Consciencieuses dans leur travail, elles sont plus appréciées et moins enclines à vouloir à tout prix se marier et risquer d’être maltraitées.

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« Quand je vois la vie que mène ma tante dans son foyer, je suis encore plus motivée à bien maitriser la fabrication de braseros. Ma tante ne sait rien faire, son mari s’occupe de tout et n’a aucune considération pour elle », explique Gisèle Masika, une divorcée, assise dans sa forge au sud de Beni. Comme d’autres filles de Beni, elle s’est lancée dans l’apprentissage d’un métier au point de concurrencer les hommes. D’autres montent des ateliers, les gèrent et utilisent de la main-d’œuvre masculine. Du coup, elles mènent calmement leur vie.

Grâce à cette vie professionnelle, elles s’autofinancent et supportent seules leurs charges familiales notamment, le loyer, les frais scolaires, les soins médicaux, la nourriture… C’est le cas de Mireille Kavira, célèbre dans l’entretien et la réparation des frigos, qu’on ne présente plus à Beni. Cette jeune femme de 35 ans, mère de trois petits enfants est employée à l’atelier « Super entretien », situé au cœur de la ville. Grâce à ce métier, ses enfants étudient dans une école privée bien réputée où évoluent la plupart des enfants des hommes d’affaires et des responsables de l’administration locale.

Piliers de la famille

Au quartier Mupanda, au garage « Dieu merci », trois femmes garagistes réparent des véhicules. A l’instar de leurs collègues hommes, elles se couchent sans inquiétude en dessous des véhicules pour les réparer, placent et remplacent des amortisseurs des véhicules, etc. Avec cet emploi, ces femmes sont considérées comme le pilier de leurs familles. L’une d’elles fait étudier d’ailleurs ces petits frères à l’université et supporte toute sa famille.

« J’ai compris dans la vie, qu’il faut toujours tenir jusqu’au bout et devenir autonome. Je m’apprête à ouvrir mon propre garage car je me suis procuré une boite d’outillage, des clés passepartout, une machine à soudure et un groupe électrogène », assure, joyeusement, Madeleine Mwayuma qui croit dur comme fer voler de ses propres ailes dans l’avenir.

Pauline Mwatatu, sa collègue, spécialiste dans la réparation des pompes à essence, ajoute qu’elle ne pense plus au mariage. Elle s’oppose au mariage où les hommes pensent qu’une fois mariée, l’épouse est considérée comme une gardienne de la maison et souhaite que la loi sur la famille soit modifiée.

Dans le Code la famille congolais en effet, l’homme est le chef du foyer. Une disposition qui pousse certains hommes à narguer et dominer leurs épouses. Par ailleurs, dans la tradition de la région, une femme qui n’est pas mariée, même si elle est riche, fait généralement l’objet de mépris et des critiques de la part de sa famille et de son entourage. Mais sous l’influence d’une nouvelle génération de femmes travailleuses, célibataires et fières, cette mentalité tend à disparaitre.

Travailleuses, célibataires et fières

Ces femmes travailleuses se distinguent dans leurs métiers. La plupart des réparateurs et couturiers sont souvent mal vus à Beni, accusés de ne jamais tenir les délais, ce qui n’est pas le cas de femmes. Dans les ateliers gérés par ces dernières, l’honnêteté et la dignité priment.

Elles font tout pour briser la mauvaise réputation qui caractérise leur métier, comme en témoigne cet agent de la douane, rencontré dans un atelier de couture vers le marché central de Beni : « J’ai failli être arrêté car je voulais à tout prix battre un tailleur qui m’avait promis être prêt avec la veste que je devais porter le jour du mariage de mon cousin. Et pourtant, il n’avait même pas commencé à la coudre. J’avais juré ne plus faire coudre les habits. Heureusement que les femmes sont venues. Elles au moins respectent toujours le délai et se montrent très honnêtes ».

Se servant des exemples d’autres femmes, certaines jeunes femmes célibataires, étudiantes, ne se gênent plus pour vivre seules. Leurs oncles et frères comprennent enfin qu’elles peuvent mener leur vie sans nécessairement être sous le toit conjugal.

« Au lieu que ma sœur aille vivre dans un foyer avec un homme irresponsable, vaut mieux qu’elle reste seule », pense Matthieu Mashahuri, un opérateur économique influent. Sociologue, Muke Mahamba, affirme observer un changement dans la vie d’aujourd’hui. « C’est difficile à ce jour d’exiger d’une fille de se marier avec un homme qu’elle n’aura pas librement choisi. Il y a quelque temps, poursuit-il, la jeune fille ne pouvait jamais passer outre la position de sa famille ».

Par Jacques Kikuni Kokonyange

Photo : Flickr

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