L’Averse de Fabienne jacob : puissant et bouleversant

Pour son deuxième roman, L’Averse, publié chez Gallimard en 2012, Fabienne Jacob a choisi de s’attaquer à une partie de l’histoire franco-algérienne qui liera à jamais ces deux peuples : la douleur des harkis. 

L’Office québécois de la langue française a défini en 2001 le mot averse comme étant une précipitation, habituellement de courte durée, caractérisée par un début et une fin brusques ainsi que par des variations importantes et rapides d’intensité.

Le titre du dernier roman de Fabienne Jacob, publié dans la prestigieuse collection blanche de Gallimard, résume et traduit bien l’essentiel des 145 pages de l’ouvrage. Au fil des lignes, le lecteur verra défiler, impuissant, la vie du personnage principal : un harki, fils de harki. Les moments puissants seront de courtes durées et le propos sera caractérisé par un commencement et un épilogue brusque, sans dénouement, ou presque…

L’Averse narre l’histoire de Tahar, qui à l’orée de sa vie ne sait plus très bien s’il est d’abord français puis algérien, ou l’inverse, à l’image de bon nombre de harkis. « Au début, je suis Tahar l’assimilé, à la fin je suis Tahar l’Algérien. »

« Enrôlé » dans l’armée française, alors qu’il n’a même pas 4745 jours, l’équivalent de 13 ans, Tahar va vite affiner son apprentissage de la vie de colon. Exit son autre vie, celle de son père, Ali, qui travaille pour le propriétaire Vialet, colon du coin. Nous sommes évidemment en Algérie française, et la guerre, qui n’en est pas encore une, au sens français, mais plutôt un évènement, fait ravage.

«Je n’y avais pas cru moi, je n’ai pas cru à une patrie en puissance, j’ai cru en l’occupant, j’ai suivi le plus fort.»

Quelques décennies plus tard, alors qu’il attend sagement son ticket d’entrée dans l’autre monde, un pas encore dans celui des vivants, aux côtés des seuls siens qui lui reste – sa femme française, leur fils et son beau père-, Tahar va se remémorer les grandes lignes de sa vie. Ce dernier l’aurait sans doute qualifié de vie de traite. Dans le plaisir de la chair certes, mais vie de traite tout de même.

Qu’en est-il réellement ? Fabienne Jacob, auteur d’un recueil de nouvelles et de deux romans dont Corps, ne le dit qu’à moitié. Pour cette biographie fictive, elle s’est inspirée de la vie du père de Sabine Bouta-Guermouchet.

« La première, elle m’a donné l’idée d’écrire sur son père, Ahmed Lakhdar Bouta-Guermouchet, explique-t-elle en postface. Puis elle m’a laissé en toute confiance la liberté d’inventer sa vie à partir de quelques éléments biographiques avérés. Quant à l’émouvant voyage dans le Nord-Constantinois où elle m’a proposé de l’accompagner sur les traces de son père, qu’elle sache que je me le rappellerai jusqu’à mon dernier souffle. »

Ce dernier mot, souffle, n’est pas si énigmatique, car le souffle du propos est puissant et bouleversant. L’Algérien, qui ne l’ai plus réellement, va vivre l’essentiel de sa vie en France, sans jamais devenir français. Alors qu’il aura payé le prix fort. « J’ai tout fait pour paraître français, le plus français possible. J’ai failli réussir. »

D’ailleurs tout lecteur qui voudra s’attaquer à ce récit poignant de Fabienne Jacob découvrira avec bonheur, et circonspection, comment cette dernière a savamment orchestré la scène la plus violente du livre, alors que le jeune Tahar, va croiser l’horreur dans la cour de sa jeunesse.

Le sort des karkis, en France comme en Algérie, n’a pas été tendre. Souvent, à l’image de Tahar, ils sont restés au bas de l’échelle. Pas forcément celui de la société. L’échelle de la dignité…

« Plus souvent qu’on ne pense l’échec permet d’échapper au pire. Une façon lissée, policée, de parler, regarder. La colère qui coule âpre dans mes veines d’Algérien, j’ai dû la ravaler. Elle est toujours là, qui bout au fond de moi, je l’ai seulement assagie, domestiquée. Elle ne demande qu’à sortir. Et parfois elle sort. Des jours comme aujourd’hui où la marche des heures durant fait advenir l’origine. Je viens d’un peuple sans sourire, d’un peuple de colère, c’est de là que je suis sorti d’un con noir.. »

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