Rwanda : Détruire la nature pour construire

Pour faire face au boom de la construction, de plus en plus, d’agriculteurs creusent activement les collines pour en extraire pierres et sable car c’est plus rentable que de cultiver. Du coup, l’érosion s’accroît, les terres sont emportées, des gens meurent chaque année car, malgré la loi, rares sont des mesures prise pour réaménager l’environnement détruit.

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Les pluies diluviennes qui ont ravagé le Rwanda fin octobre ont emporté des dizaines de vies humaines; détruit des milliers de maisons et dévasté des champs entiers. Selon le Ministère en charge des désastres, 23 personnes ont été tuées, près de 1200 maisons et 205 hectares de cultures détruites.

Forêt du Rwanda

Des infrastructures publiques dont des bâtiments scolaires, des routes et des ponts ont aussi été endommagés. Parmi les causes principales de ce désastre, affirme le ministère de la Lutte contre les désastres figure la détérioration de l’environnement.

« Dans certains endroits les arbres sont coupés le long des montagnes soit pour fabriquer le charbon, soit par ceux qui doivent entrer dans les profondeurs de la terre à la recherche de différents matériaux. Entretemps, les eaux en cas de pluie se cherchent un chemin et vont n’importe où », remarque ainsi Gakwandi Claver, environnementaliste.

Montagnes, collines, fonds de rivières, vallées sont aujourd’hui très exploités pour en extraire les matériaux – sable et pierre –très demandés pour construire routes et maisons. Mais bien souvent l’exploitation en est faite sans souci de l’environnement et des conséquences de sa destruction.

Jeunes et vieux les ruraux sont de plus en plus nombreux à creuser la terre plutôt qu’à la cultiver. Pour eux, c’est plus rentable. « Avant on cultivait de petits espaces. Actuellement la plupart sont habités et les terres sont devenues des roches que je préfère concasser pour en faire beaucoup de tas que les constructeurs achètent », explique Védaste Manizabayo de Nyabihu à l’ouest. Dans ces régions du nord et de l’ouest avoisinant les volcans, les roches volcaniques, sont recherchées pour les fondations des maisons.

Ceux dont les champs produisent trop peu, exploitent la pierre, le sable ou l’argile qui s’y trouvent. Parfois, c’est source de conflits. « Certains vont jusqu’à se quereller, les uns accusant les autres de vendre les pierres qu’ils ramassent dans des champs qui ne sont pas les leurs », révèle un conciliateur de Busogo à Musanze au nord. D’autres en meurent : mi-2012 N. Léa, de Musanze au nord du pays, est morte ensevelie sous la terre d’une carrière qui s’est effondrée sur elle pendant qu’elle creusait.

Certains paysans ignorent les mécanismes de l’érosion. Regardant les pierres qui apparaissent peu à peu dans les champs ou les forêts, ils disent que ?la pierre grandit?, alors que c’est la terre qui les cachait qui a été emportée par l’érosion. Ils préfèrent alors les concasser et les vendre, l’argent remplaçant ainsi les cultures. Au Rwanda, les pertes de terres sont estimées à 14 millions de tonnes chaque année.

Le gouvernement essaie de contrôler ces exploitations. C’est ainsi que le site d’extraction du sable de Nduba à Gasabo à Kigali, la mine de wolfram dans le secteur Muhanda à Rubavu à l’ouest, ont été fermés temporairement à cause des destructions liées à l’extraction du sable et de la pierre. D’autres comme ceux de Rwinkwavu à l’est ont été avertis. « Certains individus ou sociétés sont égoïstes. Ils creusent en visant leurs intérêts seulement et font fi de l’environnement qu’ils laissent derrière eux après leurs travaux », s’insurge Stanislas Kamanzi, ministre des Terres et des mines.

Mépris de la loi

La loi sur la protection de l’environnement est pourtant claire. Celui qui obtient l’autorisation de creuser s’engage aussi à réhabiliter l’espace détruit à défaut de quoi la caution d’exploitation qu’il donne doit couvrir les frais de réaménagement par le district lui-même. Dans le district Gasabo , cette caution équivaut à 300 000 Frw (Un peu plus de 500$) dans le district Gasabo à Kigali)

« Ceci est important et est obligatoire. Quand on creuse, on détruit la forme naturelle de l’endroit et de son environnement. A la fin, celui-ci devrait aussi essayer de le remettre dans l’état dans lequel il se trouvait avant?, souligne Samson Twiringire, de REMA, une agence rwandaise de gestion de l’environnement. Mais on remarque partout des montagnes béantes et les anciennes carrières d’argile ou de sable abandonnées.  »

Quand nous atteignons un espace qui ne contient plus de sable, nous le contournons et attaquons un nouvel endroit?, dit Ndatimana un creuseur de Kamonyi au sud du Rwanda qui reconnait ne pas être sensibilisé au réaménagement de l’espace depuis plus de cinq ans qu’il fait ce métier.

« Après l’extraction des pierres, la colline se déforme, avec des fossés ici et là. Les arbres qui y étaient plantés sont coupés et ne sont pas remplacés, ça devient un petit désert », constatent les habitants de Ngororero qui voient depuis lors les eaux envahir leurs champs.

Cependant, il n’est pas évident de suivre les obligations légales car certaines sociétés creusent profondément les flancs des montagnes avec de la dynamite et de lourds engins pour en extraire les matériaux, estime un entrepreneur. Pourtant le boom des constructions au Rwanda, dont l’environnement est la première victime, plaide pour l’application de ses mesures.

Par Fulgence Niyonagize

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