Bas Congo : les marâtres mènent la vie dure aux enfants de leurs époux

Après le divorce ou la mort de leur mère, au Bas-Congo, au sud-ouest de Kinshasa, les rapports sont souvent tendus entre les enfants issus du premier mariage et leurs marâtres qui les maltraitent souvent. Celles qui s’en occupent bien, au contraire, en récoltent les fruits.

A seize ans, A.K est une jeune fille studieuse du Lycée Vuvu-Kieto, à Matadi. Elle travaille avec abnégation pour décrocher le diplôme d’Etat (baccalauréat) qui mettra fin, selon elle, à sa souffrance familiale. ”Je le veux ce diplôme car, il me donnera accès à l’université, loin de ma marâtre”, avoue-t-elle. Ma grande sœur qui est à l’université depuis deux ans ne vit plus le calvaire qu’elle me fait subir, car elle ne rentre plus jamais à la maison”, envie-t-elle.

Enfants de Lubumbashi ; Photo : J McDowell, Flickr

Issue d’une fratrie de cinq enfants, elle raconte que la mort de leur mère avait permis de renforcer l’amour entre eux et leur père. Mais cette embellie n’a été que de courte durée.

Lorsque leur père s’est remarié à une nouvelle femme avec qui ils ont eu des enfants, ”c’est comme si nous n’existons plus”.

“Sa femme ne fait que nous tenir des propos durs… Nos repas sont très maigres à l’opposé de ses propres enfants”, explique, amère, A.K.

”Même quand je fais mes devoirs scolaires, maman a toujours un travail à me donner pendant que ses enfants jouent, regrette-t-elle. Elle prétend que je dois apprendre à m’assumer pour bien gérer mon foyer.”

Rapports difficiles

Au Bas-Congo, où s’applique le matriarcat, les rapports sont généralement pénibles entre les enfants issus des noces antérieures et leurs marâtres qui les maltraitent souvent. Début mars, un garçon de 14 ans s’est ainsi fait scarifier les dos des mains par sa marâtre pour avoir pris un peu de lait sans permission. Furieuse, sa mère qui a divorcé d’avec son père n’a pas supporté cette maltraitance et a porté plainte.

”C’est une sorcière cette femme, elle doit subir la rigueur de la loi”, vociférait-elle au parquet. Sociologue, Mathieu Bialuanga pense que ce comportement est venu d’ailleurs. “Car, dans la grande famille africaine, il n’y avait pas de cousin, demi-frères ou sœurs, tous étaient considérés comme des frères et sœurs à part entière. Les Eglises de réveil qui considèrent ces enfants comme des sorciers et des porte-malheurs ont exacerbé la situation”.

Accusée de trop maltraiter les enfants de son mari qu’elle oblige à faire la lessive, une femme se justifie : ”Comment voulez-vous qu’un enfant de cinq ans puisse faire caca dans ses culottes sinon par la sorcellerie ?”

Les nouvelles épouses ne sont pas les seules à être pointées du doigt, les nouveaux époux aussi. Madeleine qui a eu deux enfants d’un autre homme avant de se marier vit mal sa situation : ”Je souffre parce que mon mari n’apprécie pas mes enfants. Il m’avait d’ailleurs déjà prévenu. A la maison, ils ont seulement droit à la nourriture mais les vêtements et leur scolarisation sont à ma charge”, explique-t-elle.

Un bienfait n’est jamais perdu

Certains couples tentent cependant de rester équitables envers tous les enfants. ”Je savais qu’en acceptant mon mari, il viendrait avec sa fille et son fils. Eux et mes enfants sont des frères et sœurs. Je m’arrange pour ne pas faire une différence et c’est ça que Dieu me recommande”, témoigne, fière, Monique Malanda, une mère au foyer.

Dans leur quartier Kitomesa à Matadi les habitants l’ont d’ailleurs surnommée “Tabitha”, nom d’une femme remarquable de la Bible. ”Je sais que ce n’est pas facile pour une femme d’accepter les enfants d’un autre lit. Mais moi, je marche sur les œufs sans les casser”, se vante Romain Mabiala qui s’est remarié après le décès de sa femme et dit bien vivre avec tous les enfants dans sa famille, car on ne sait pas lequel de ses fils peut vous aider dans l’avenir. Des bienfaits que récolte cette femme de Lukala, à 157 km de Matadi.

”Je viens de recevoir de mon “fils” pour la énième fois des vêtements. En tout cas, je l’ai toujours traité correctement et considéré comme le fruit de mes entrailles”, témoigne-t-elle. Pistis Nsunda qui va se marier en décembre est formelle : ”C’est à ma marâtre que reviendra le pagne, les babouches et le foulard exigés pour la dot pour mon mariage pour la remercier de tous les biens qu’elle a fait pour m’élever”, insiste-t-elle.

Par Alphonse Nekwa Makwala

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