Kisangani : le mariage inter-tribal fait aussi des heureux

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A Kisangani, certains parents s’opposent encore au mariage de leur enfant avec un homme ou une femme d’une autre tribu. Si le refus persiste, le Code de la famille recommande aux futurs époux de recourir au conseil de famille, puis au Tribunal de paix.

Syfia International

Malgré les pressions familiales, bon nombre de jeunes de Kisangani osent désormais se marier avec quelqu’un d’une autre tribu. Certains grandissent et évoluent loin de leur milieu natal. Ils se rencontrent dans les universités, églises, chorales, etc. Autant de lieux qui constituent pour eux une seconde tribu ou famille. « Je suis de la tribu Boa et ma femme de la tribu Kumu. L’union inter-tribale n’est plus à craindre aujourd’hui ! Le mariage, c’est avant tout le consentement des mariés, les familles viennent après », témoigne Joseph Kazine, 75 ans, père de neuf enfants. Des couples comme le leur sont aujourd’hui nombreux.

Toutefois, plusieurs parents s’opposent encore au départ à ce que leur fils ou leur fille se marie avec quelqu’un d’une autre ethnie. « Dans telle tribu, les hommes sont violents, irresponsables, polygames… Dans telle autre, les femmes ont des moeurs légères, dominent leurs maris… », généralisent-ils de façon abusive. « J’ai passé 10 ans avec ma fiancée. Mais, depuis un an, ses parents s’opposent à notre mariage. Ils ont des préjugés selon lesquels notre tribu ne respecte pas la femme », se désole L.B., un enseignant.

Briser ou atténuer les idées reçues prend du temps… Ainsi, sur les 23 couples que M. Etindekwa, ancien berger du renouveau charismatique de la paroisse Saint Joseph Artisan dans la commune Tshopo a parrainé en 10 ans, 9 ont rencontré ce genre de difficultés à se marier. Tous les 9 y sont finalement parvenus, mais en patientant parfois deux ans… « Les violons s’accordent si, dans les deux familles, on trouve des gens qui assurent la médiation », résume M. Etindekwa.

Refus illégal et désastreux

La Constitution du 18 février 2006, en son article 40, souligne pourtant que : « Tout individu a le droit de se marier avec la personne de son choix, de sexe opposé, et de fonder une famille ». Un droit reconnu aussi dans le Code de la famille (article 334). Illégal, le refus des parents brise le rêve de mariage de certains. A l’image de D., 35 ans, qui s’est uni à une autre femme après que sa belle-mère ait refusé devant ses amis sa précédente fiancée. Un affront dont il ne s’est jamais remis. « Ma belle-mère a décidé de maudire sa fille si elle acceptait de m’épouser. Mes parents m’ont déconseillé de marier une fille qui porterait sur elle la malédiction de ses parents », regrette-t-il encore aujourd’hui.

Pour K., 26 ans, l’issue a été plus heureuse : « En juillet dernier, le jour où ma belle famille est venue officiellement se présenter pour demander les modalités de la dot, mes parents se sont opposés quand ils ont appris que mon amant était d’une autre tribu. Je suis tombée à terre et j’ai perdu connaissance. Deux jours plus tard, sur mon lit d’hôpital, ma mère m’a appris que papa avait accepté mon futur mari après des entretiens avec des vieux sages de nos deux familles. Finalement, nous nous préparons pour le mariage… »

Se tourner vers le Tribunal de paix

Lorsque les parents refusent la dot, le mariage ne peut être célébré devant l’officier de l’état civil. Car, selon l’article 361 du Code de la famille, « le futur époux et sa famille doivent convenir avec les parents de la future épouse d’une remise de biens ou d’argent qui constituent la dot. » Le juge Billy Bulayi, du Tribunal de paix de Makiso, précise : « Si la dot est refusée par ceux qui, selon la coutume, doivent la recevoir, les futurs époux (…) peuvent porter le litige devant le conseil de famille (article 367 du Code de la famille, Ndlr) ». Et, si le refus persiste, ils peuvent saisir le Tribunal de paix du lieu où le mariage doit être célébré.

Ce Tribunal tente alors d’obtenir un accord à l’amiable entre les deux familles. Si cela se révèle impossible, il autorise la célébration du mariage devant l’officier de l’état civil qui recevra la dot et la remettra aux parents de la fille. Si les parents refusent toujours de recevoir cette dot, après un an, cet argent sera consigné au Tribunal.

La plupart des jeunes ignorent cette loi et ces recours. Les fiancés se tournent donc plus volontiers vers des membres influents de leurs familles ou des pasteurs. D’autres, en particulier des filles, subissent en silence le refus de leur entourage, craignant des paroles leur promettant stérilités, maternités difficiles ou pertes d’enfants en bas âge. Des menaces provenant de parents, oncles ou tantes qui ont une voix prépondérante dans les tractations coutumières de mariage…

Selon Jean-Paul Nyndu, activiste dans l’ONG Solidarité pour la défense des droits humains, la tribu n’est pourtant pas un facteur qui consolide le mariage. Seul l’amour doit primer, car même certains couples composés de deux personnes d’une même ethnie divorcent.

Par André Losana

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